Notice
historique : Richard Simon (1638-1712)
Auteur d’une œuvre abondante qui «
juge la littérature religieuse du XVIIe siècle » (Margival, 1900),
Simon a longtemps été absent de la kyrielle des théologiens du Grand
Siècle, tels Bossuet, Arnauld, Nicole ou Pascal. Persécuté avec
acharnement, aucun de ses livres n’est réédité au XIXe siècle.
Pourtant, il fut un esprit universel qui a touché à tout ce qui
concerne la Bible, la patristique, la liturgie, les sacrements et
l’histoire. L’exégète sarcastique, au ton tranchant et moqueur, paye
cher « le droit d’avoir raison contre tout le monde, sous le règne
de Louis XIV » (Steinmann, 1985).
D’une importance qui l’égale à Érasme et Spinoza, Simon fut
probablement le plus grand exégète du royaume de France, qui avait
connu avant lui les travaux notoires de Cappel et de Morin. Des
éléments de son exégèse vont traverser les siècles, et guider des
spécialistes en charge des traductions françaises de la Bible de
Jérusalem, de la Bible du centenaire ou de celle d’Édouard Dhorme.
Richard Simon naquit à Dieppe, le 13 mai 1638. Il fit partie de la
congrégation de l’Oratoire où il connaîtra Malebranche. Étudiant
l’hébreu avec passion, il lut les versions originales de la Bible
dans une perspective historique qui écarte les méthodes scolastique
et cartésienne. Cela lui causa beaucoup d’ennuis avec son ordre,
surtout lorsqu’on trouva en sa possession des livres mis à l’index,
comme la Bible polyglotte de Londres. Longtemps avant le texte de la
TOB, Simon eut l’idée d’une traduction œcuménique de la Bible qu’il
négociait avec les protestants, ce qui lui valut les foudres des
bénédictins.
L’Histoire critique du Vieux Testament est incontestablement le
chef-d’œuvre de Simon. Cet ouvrage est le premier qui aborde, en
langue française, les problèmes exégétiques vétérotestamentaires.
Cependant, plusieurs thèses suggérées ne furent guère appréciées par
une époque très méfiante de la critique biblique. L’exégète de
l’ancienne France avançait des idées qui irritaient les orthodoxies
religieuses de son temps, notamment la thèse des écrivains publics,
annalistes de la théocratie juive. Connus surtout comme prophètes,
et investis d’une mission publique, ils écrivirent l’histoire sacrée
du « peuple élu ». Cette théorie va de pair avec ce qu’affirme le
cinquième chapitre de l’œuvre : Moïse n’est pas l’auteur unique du
Pentateuque. De telles propositions, effectuées dans un cadre
critique affaiblissant l’autorité sacralisée de la version
massorétique de l’Écriture, auront des conséquences immédiates : le
livre fut condamné, et Simon, exclu de l’Oratoire, fut durement
attaqué par Bossuet.
La ressemblance de certains éléments de sa méthode avec ceux de
Spinoza, le fit passer pour son héritier, le « Spinoza catholique ».
Or Spinoza est l’un des seuls auteurs qu’il conteste explicitement
dans ses écrits, essentiellement parce que le philosophe qui réfute
la Révélation, réduit le contenu de la Bible à la seule loi morale
naturelle. Le chrétien Simon, croyant en la révélation divine et en
l’inspiration contenue d’une manière globale dans la Bible, ne
pouvait être spinoziste.
Sans partisans ni disciples, il se retira en Normandie et devint
curé de campagne. Il mourut le 11 avril 1712, quelques jours après
avoir brûlé des manuscrits dont nous ne connaîtrons probablement
jamais le contenu. Richard Simon fut enterré à l’église de Dieppe où
il avait été baptisé.
Antoine Fleyfel
docteur en théologie (Strasbourg)
docteur en philosophie (Paris 1 - Sorbonne)
Janvier 2012