Pistes pour la compréhension du "Désert" biblique

 

                                                                                      

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A. Terminologie

 

     La Bible contient quatre termes hébraïques qui signifient le désert :

 

     1- Midbâr est le terme le plus fréquent, il trouve son origine dans la racine dâbar (mener). C’est donc à partir de l’étymologie qu’il est possible de donner un sens au terme Midbâr : il s’agit d’une région non cultivée, mais apte à nourrir le bétail, car il n’est pas un endroit totalement stérile, et ce, en raison de certaines pluies passagères qui l’ornent durant certaines époques d’une verdure que les poètes sacrés désignent comme « les beautés », celles des palmiers-dattiers et de l’acacia. On y trouve certaines bêtes sauvages, et de temps à autre, quelques sources d’eau. Le Midbâr est donc opposé à la terre cultivée et aux jardins fertiles. Ces caractéristiques se retrouvent dans la vaste région qui borne à l’est les pays transjordaniens, et qui s’appelle « le désert de la Syrie » ou le « hamad ».

 

     2- ‘Arâbâh est dérivé de ‘ârab ou ‘âreb (être stérile, aride). La seule différence qu’il y a entre cette désignation et le Midbâr consiste en ce qu’il soit envisagé à partir de la nature, alors que le Midbâr l’est par rapport à l’homme. Il est possible de trouver à maintes fois un certain parallélisme de ces deux termes, comme dans Is 35, 1-6; 41, 19; 51, 3. Géographiquement, c’est le nom de la dépression qui s’étend des pentes méridionales de l’Hermon au golfe d’Akabah, en passant par la vallée du Jourdain, la mer morte et l’aoudi Arabah.

 

     3- Horbâh est une expression qui est le plus employée par les prophètes. Elle est dérivée de hârab ou hârèb (être desséché, dévasté). Elle exprime la figure de l’aridité, de la désolation et de la ruine. Il est possible de la rapprocher de « khirbat » en arabe. Midbâr représente le désert par rapport à l’homme, ‘Arâbâh par rapport à la nature, et Horbâh par rapport à une certaine conséquence d’un certain évènement terrible.

 

     4- Yesîmôn est le terme le moins utilisé. Sa racine yâsam indique la dévastation. Ce terme se trouve dans les passages poétiques, et il désigne parfois une partie du désert de Juda, du côté de ceux de Ziph et de Maon, mais aussi certaines régions près de la mer morte et près du lac Asphaltite.

 

 

B- Principaux déserts bibliques

 

I-    Déserts du Sud : nous y distinguons deux groupes :

 

1-   Dans le premier groupe nous avons la presqu’île sinaïtique et les limites méridionales de la Palestine. S’y trouve les déserts suivants : Etham (hébreu midbâr-Etâm), Sur (hébreu: midbâr-Sûr), Sin (hébreu: midbâr-Sîn), Sinaï (hébreu: midbâr-Sinâî), Pharan (hébreu: midbâr-Pâ’rân), Cadès (hébreu: midbâr-Qâdês), Sin (hébreu: midbâr-Sîn), Bersabée (hébreu: midbâr- Be’êr Sâba).

 

2-   Dans le second groupe nous trouvons : les déserts de Juda (hébreu: midbâr-Yehûdâh), Maon (hébreu: midbâr-Mâ’ôn), Ziph (hébreu: midbâr-Zîf), Engaddi (hébreu: midbâr-‘En Gédi), Thécué (hébreu: midbâr-teqô’a),  Jéruel (hébreu: midbâr-Yâr-Yerû’êl), Jéricho (hébreu: ‘arbôt Yerêhô), Béthaven (hébreu: midbâr- Bêt’Avén), Gabaon (hébreu: midbar-Gib’ôn).

 

II- Déserts de l’Est : ils sont mentionnés incidemment et plusieurs sont inconnus. Nous en connaissons: le désert d’Idumée (hébreu: midbâr-Edôm), le désert de Moab (hébreu: midbâr-Mô’âb), le désert d’Arabie  qui n’est pas expressément nommé dans le texte sacré (hébreu: hâ-éréb), Cadémoth (hébreu: midbâr-Qedêmôt), Déblatha (hébreu: midbâr-Diblâthâh), Bosor (hébreu: midbâr-Bosôr).

 

III- Autres déserts : le seul désert mentionné hors des frontières palestiniennes est le désert de la haute Egypte ou Thébaïde. D’autres sont simplement indiqués sans être cités par leurs noms comme Calirrhoé par exemple.         

 

 

C- Rôle et symbolisme du désert dans la Bible

 

     Comme en Assyrie et en Egypte, le désert a joué un rôle majeur dans l’histoire du peuple d’Israël. C’est là-bas que les enfants de Jacob ont reçu les enseignements divins. C’est là-bas qu’ils ont dû faire face à l’épreuve. C’est dans le Sinaï qu’Israël a reçu son organisation et sa loi religieuse qui subsistera à travers les siècles. Et c’est surtout dans le désert que Dieu façonne son peuple, et noue avec lui une Alliance. Le désert n’a pas seulement été d’une importance pour la nation, mais aussi pour les individus qui le pénétrèrent pour y trouver la solitude avec Dieu ou le refuge, tels Moïse, David, Elie et Jésus de Nazareth. Cependant, le désert ne porte pas seulement cette figure glorieuse et pacifique, il est aussi l’image de la mort et de la désolation. Dieu s’en sert pour décrire le châtiment qui touchera certaines villes ou contrées.

 

     En somme, il est possible de parler d’un double symbolisme du désert dans la Bible. Le premier (le plus fréquent) est celui du désert comme refuge, comme lieu d’enseignement, comme lieu d’alliance. Le second est celui du désert comme image de désolation et de châtiment.    

 

 

Dr Antoine Fleyfel

Paris 10.12.2007