Les "S".
Je te souhaite les trois « s » m’avait-t-il dit. Je n’avais pas bien compris ce qu’il entendait par ceci. On souhaite normalement un bonne journée ou quelque chose de ce genre, mais des « s », à quoi ceci pourrait bien servir. Comme je serais heureux si un jour les circonstances convergent d’une manière à ce que je revois ce prêtre maronite qui souriait à mes 16 ans, comme le soleil du Levant sourit chaque matin aux belles montagnes du Liban.
Ces trois « s » se sont avérés les initiales de trois notions que monsieur le curé me suggérait :
Santé,
Science,
Sainteté.
Comme parfois certains éléments inutiles pour certains peuvent bien marquer d’autres, ainsi en est-il de ce souhait, que j’ai bien gardé dans ma raison, et auquel je n’ai cessé de penser durant mon chemin, tout en y ajoutant deux autres préceptes :
Sagesse,
Succès.
La spéculation, les idées et les convictions n’ont pas de sens si elles ne se concrétisent pas par une déontologie ou par une orthopraxie. Le lien intrinsèque de ces cinq notions me paraissait comprendre un projet de vie, en même temps quotidien et général, simple et pratique, à travers lequel existe la possibilité de la réalisation de soi.
La santé est un élément de bien-être principal qui englobe le physique et le psychique. Si on n’est pas bien dans sa propre demeure charnelle, il est difficile de vaquer lucidement aux choses de l’esprit. La recherche de la santé est un processus ininterrompu et continuel qui englobe plusieurs éléments, comme le sport, l'alimentation saine, l’écartement de maints éléments nuisibles à l’organisme…
La science, ou la connaissance diraient les grecs, est une catégorie nécessaire à l’homme, pour se connaître lui-même en premier, connaissance impossible sans passer par l’altérité, qu’elle soit chosifiée, intersubjective ou métaphysique. Plus la science s’étend, plus on se rapproche d’une compréhension plus claire de l’existence, plus on avance vers la connaissance de la totalité. Et si le fondement des sciences qu’est la philosophie est connu, leur étendue est de plus en plus large et difficile à cerner, d’où la difficulté de la tâche, mais sa beauté aussi.
La sainteté est l’élément qui à travers la foi, permet à l’homme d’être tourné vers Dieu, et d’entreprendre sa vie à partir de lui. Elle est une norme qui régule la science, et tout comportement ou attitude, en les tendant vers une authenticité d’être. La sainteté crée une morale et une éthique qui rendent la recherche de l’homme saine, qui purifie son rapport à lui-même et à l’autre. Autant indispensable qu’elle est pour l’être humain, aussi éloignée est-elle d’être seulement cette catégorie réservée aux procès de canonisation.
La sagesse, ce concept tellement chéri par les philosophes, par certains livres de la Bible, et par les religions orientales. Elle permet de coordonner toutes les données qui parviennent à l’homme, afin qu’il puisse les organiser de manière à posséder la santé, à acquérir la science, et à suivre la sainteté. La sagesse est discernement, elle écarte ce qui est inutile et opte pour ce qui est utile. Elle est la connaissance juste des choses, l’appréciation du vrai, du beau et du bon.
Le succès est une catégorie bien relative mais nécessaire. Il n’est pas forcément lié aux plus hautes distinctions politiques ou économiques. Il peut être aussi puissant en étant vécu au sein d’une famille ou d’amis. Il faut réussir, mais c’est surtout à partir de soi que ce succès doit être perçu, tout en n’oubliant certes pas certaines données objectives de l’histoire qu’il faut respecter.
La beauté de ces concepts réside en ce que leur ordre ne soit jamais définitif, et qu’il soit toujours interchangeable, en synergie :
La sainteté pourrait impliquer une sagesse qui cherche le succès à travers la science et la santé.
La sagesse pourrait impliquer une santé, une sainteté et une science qui ne tarderaient pas à aboutir au succès.
Le succès prôné pourrait passer par une solide santé qui par la sagesse de la science se solidifie par la sainteté.
La science se trouverait devant plusieurs limites qu’elle dépasserait en prenant soin de la santé du corps qui lui permet d’avancer, en laissant passer la sainteté qui instaure l’humilité, en recherchant la sagesse sans laquelle elle ne peut discerner adéquatement les choses, et en ayant le succès comme but.
Beaucoup d’autres combinaisons sont possibles. Je laisse au lecteur de ces lignes le soin de s’amuser à les faire.
Pour ma part je lui souhaite les 5 « s » sans ordre d’importance : la santé, la sainteté, la science, la sagesse et le succès.
Et peut-être qu’il faudrait ajouter un sixième « s », le sexe… Mais évitons pour le moment la censure ecclésiastique !
Salut !
Dr. Antoine Fleyfel
20.10.2007