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      écrits scientifiques

Salut paulinien

Etude succincte de la sotériologie paulinienne à partir des Epîtres canoniques,

et plus particulièrement, à travers l'Epître aux Philippiens

 

 

  Introduction

 

Cet article voudrait comprendre le sens du « salut » d’une manière générale dans le corpus paulinien canonique, et d’une manière particulière et plus détaillée dans l’Epître aux Philippiens. Les Epîtres canoniques concernées sont : les Epîtres aux Thessaloniciens, l’Epître aux Romains, les Epîtres aux Corinthiens, l’Epître aux Galates, l’Epître aux Colossiens et l’Epître aux Ephésiens. La compréhension du sens du « salut » dans celles-ci s’effectuera à partir de certains versets l’exprimant, alors que l’étude de cette notion dans l’Epître aux Philippiens se fera en analysant à part chaque mention du terme « salut » (il est à noter que le verbe « sauver » est absent de l’Epître aux Philippiens). C’est dans l’Epître aux Philippiens que le terme « sauveur » apparaît pour la première fois dans le corpus paulinien canonique, ce qui introduit un nouvel élément à la sotériologie paulinienne. Cet article se terminera par une exégèse et une lecture théologique du passage où figure le terme « sauveur ».

 

1. Le salut dans les Epîtres pauliniennes canoniques

La sotériologie paulinienne est uniforme, bien que contenant certaines variantes qu’on pourrait comprendre dans le cadre d’une évolution de sa pensée.

 

1.1. Le salut dans les Epîtres aux Thessaloniciens

La question sotériologique apparaît dans ces deux épîtres comme étant avant tout une affaire propre à Dieu, source du don du salut : « Il est fidèle, celui qui vous appelle, il le réalisera » (1 Th 5, 24). Il est important de souligner l’utilisation du verbe « sauver » au passif, comme dans 1 Th 2, 16 par exemple : « Les juifs nous empêchent de prêcher aux païens afin qu’ils soient sauvés ». Cette utilisation passive n’est pas anodine ou hasardeuse, car elle exprime et souligne « le salut … reçu de Dieu et non acquis par les efforts de l’homme »[1]. Celui-ci n’est pas sauvé par ses propres mérites, mais par un don gratuit de Dieu. Quant à l’agent du salut, il n’est autre que le Christ : « Dieu nous a destinés à la possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ » (1 Th 5, 9). Cependant, celui-ci n’octroie pas le salut à titre de Messie tout simplement, mais aussi en tant que Seigneur. Sa mort salutaire est la médiation sotériologique principale pour le salut.

 

Nous retrouvons dans 2 Thessaloniciens un autre emploi du verbe « sauver » au passif, qu’il faudrait comprendre dans la même logique évoquée supra : « ceux qui sont voués à la perte, parce qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité pour être sauvés » (2 Th 2, 10).

 

Dans les Epîtres aux Thessaloniciens, la sotériologie est exprimée comme récapitulative. Elle est opérée par Dieu en Christ, et nous est donnée gratuitement. Le croyant n’aurait qu’à recevoir ce don gratuit en vivant « dans l’attente, dans l’espérance de la réalisation finale »[2].  

 

1.2. Le salut dans l’Epître aux Romains

L’Epître aux Romains contient la plus riche variété d’expressions du salut, relatée par un grand nombre de termes relatifs à la sotériologie. Parmi eux, les plus importants sont le verbe « sauver » (ou « être sauvé »), et le terme « salut ». 

 

Comme dans les Epîtres aux Thessaloniciens, le salut est plus exprimé par un mode passif. Celui-là exprime le don gratuit qui vient de Dieu le Père par le Fils. Cependant, il existe une nouveauté dans cette Epître qui est celle de l’utilisation du terme selon la forme future. Ceci exprime la visée eschatologique dans la pensée paulinienne ; le salut n’est pas seulement réalisé dans cette vie, mais il est à accomplir dans la Parousie : « Et puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère » (Rm 5, 9).

 

C’est là que s’installe une tension entre les deux aspects du salut : présent et futur. Ces deux dimensions ne divergent pas, mais se complètent ; Paul l’explicite de la sorte : « Nous sommes sauvés, mais en espérance » (Rm 8, 34). Le premier volet du verset exprime la dimension présente du salut, alors que la seconde concerne la future, eschatologique, à réaliser. 

 

Dans 10, 9-10 Paul établit le rapport intime qui se trouve entre parole ou Evangile, et salut : « Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus Christ est Seigneur et si, dans ton cœur tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. En effet, croire dans ton cœur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut ». Et de dire aussi dans 10, 13 "Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé". Ainsi la confession de foi que fait le croyant en Christ ressuscité implique nécessairement son salut, et c’est là que s’établit le rapport entre la parole du confessant, et la Parole proférée par le Père.

 

Enfin, le salut apparaît chez Paul comme un processus, comme une entité en puissance à réaliser. Il affirme dans ce sillage que : « aujourd’hui, en effet, le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru » (13, 11). Ainsi, y a il une progression dans la compréhension du salut, à travers une prise de conscience continuelle de sa présence en nous, qui se manifeste par un processus de maturation trouvant ses fondements dans le temps présent et s’achevant dans la Parousie.       

 

1.3. Le salut dans les Epîtres aux Corinthiens

Les deux Epîtres aux Corinthiens contiennent une pensée uniforme. Paul y met l’accent sur la réalité christologique du salut : c’est en Christ et par lui que le salut peu être donné. Il y souligne que le Fils de Dieu incarné opère : « pour votre consolation et pour votre salut » (2 Co 1, 6).    

 

Se trouve de même dans cette Epître la dimension actuelle du salut qui est un salut concernant le « maintenant », un salut qui est à obtenir dans l’immédiat : « Voici maintenant le moment tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6, 2).

 

Le salut se trouve ainsi lié dans l’Epître aux Corinthiens au repentir qui est un de ses corollaires. L’Apôtre affirme dans 2 Cor 8, 10 que « la tristesse que Dieu utilise produit un repentir qui conduit au salut et ne laisse pas place au regret ». Le salut est aussi lié à son action apostolique. Paul affirme qu’il s’est fait tout pour tous, afin d’en sauver au moins quelques-uns (1 Co 9, 22). Ainsi, il leur met l’accent sur ses peines pour leur rappeler les peines que le Christ a vraiment endurées historiquement. A ce qu’il paraît, « les corinthiens se croyaient hors de l’histoire ».[3]

En plus du salut donné hic et nunc, Paul parle dans cette Epître du salut eschatologique. Ceci est illustré dans 1 Co 3, 14-15 : « Si l’œuvre bâtie sur le fondement résiste, son auteur recevra une récompense ; si son œuvre est consumée, il en subira la perte ; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu ». Et de dire aussi dans 1 Co 5, 5 : « et que cet individu soit livré à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur ». Eschatologie et jugement dernier sont ici intimement liés. Quant au salut, il vient prendre une place primordiale entre l’alternance des deux (l’eschatologie et le jugement dernier), c’est lui qui ouvre à la vie et à l’accomplissement de l’espérance eschatologique.

 

         1.4. Le salut dans l’Epître aux Galates

Les termes « sauver », « salut » et « sauveur » sont absents dans cette Epître. Le salut y serait exprimé de façon implicite, et la cause principale de l’absence d’une évocation explicite aurait pour but d’éviter « toute équivoque avec les agitateurs judaïsants »[4] pour qui le salut serait par la loi.

 

         1.5. Le salut dans les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens

Avec ces Epîtres nous aboutissons à un progrès remarquable de la pensée paulinienne. En effet, un nouveau concept est instauré, celui du Christ en tant que « Tête » du corps (Col fait mention du « corps du Christ »). Une autre nouveauté aussi est celle du terme « Plérôme » (plénitude). Dans son rapport avec son corps, le Christ en est sa plénitude s’étendant sur tout le cosmos, et donnant un salut cosmique. Ceci résulte en une réconciliation qui ne concerne pas seulement l’humanité, mais aussi tout le cosmos et la création.

 

Dans ces deux Epîtres, le salut est acquis par un don gratuit du Seigneur : « C’est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu ; cela ne vient pas des œuvres, afin que personne ne se vante » (Ep 2, 8). Il reste toutefois à réaliser dans sa plénitude eschatologique.

 

Le Christ apparaît enfin comme « sauveur du corps » (Ep 5, 23). Paul établit dans ce texte (Ep 5, 21 et ce qui suit) un parallélisme entre la femme et son mari, et le Christ et son Eglise. La relation du Seigneur avec son Eglise est envisagée telle celle des époux. Cependant, étant la tête du corps, Christ sauve son corps (l’Eglise). 

 

2. Le salut dans l’Epître aux Philippiens

Dans l’Epître aux Philippiens, le verbe « sauver » est absent, alors que le terme « salut » est utilisé trois fois : 1, 19 ; 1, 28 ; 2, 12 ; le terme « sauveur » est utilisé une fois : 3, 20. Ce dernier est utilisé pour la première fois dans le corpus paulinien.

 

2.1.  Philippiens 1, 19

« Mais qu’importe ? Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m’en réjouis. Je persisterai même à m’en réjouir, car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni » (1, 18-19). Paul fait là des emprunts à Job 13, 13-16 selon le texte de la Septante. Cette citation vient prendre place dans un passage où il est question de la situation personnelle de Paul. Pour une meilleure compréhension de la notion du salut, il faudrait étudier 1, 19 selon deux perspectives : la première en se référant au texte même, et la seconde en se référant à la citation de Job.

 

L’objet de la réjouissance de Paul est dans le fait que le Christ est annoncé. Il n’est point réjoui pour lui-même ou pour ses adversaires, et c’est par ceci que se manifeste l’étroite relation entre la prédication du Christ et le salut. Toute la situation personnelle de Paul en tant que captif à Rome est bénéfique à son salut, vu que dans tous les cas, le Christ est annoncé. Il faudrait parler de même à cet endroit d’une relation entre la foi et le salut à partir du rapport existant entre l’annonce du Christ et la foi. Ceci devrait aussi être inscrit dans un cadre communautaire, car Paul mentionne bien l’importance de la prière de la communauté pour lui. Et enfin, l’Esprit de Jésus collabore au salut, ce qui nous met devant trois dimensions sotériologiques : la foi personnelle, la communauté, et l’intervention divine ou la pneumatologie.  

 

Quant à la citation de Job, voilà comment elle se trouve dans le texte de la Septante : « Abstenez-vous de me parler et je parlerais, moi, et m’advienne que voudra ! J’emporte ma chaire dans mes dents, et mon âme je l’expose dans ma main ! S’il me tue je ne tremble pas, pourvu qu’à sa face je débatte mes affaires ! Ceci, d’ailleurs, sera pour moi salut, c’est que devant lui un mécréant ne se présente pas ! » (Job 13, 13-16). Face à ses amis, Job affirme qu’il n’est redevable que devant Dieu, sa foi lui permet de comparaître devant la majesté divine. Paul de sa part s’identifie à Job dans ses souffrances en affirmant (de façon implicite, du fait qu’il ait cité Job) à ses ennemis qu’il n’est redevable qu’à  Dieu. Sa foi en Jésus Christ lui permet de se justifier. 

 

Le salut que Paul prône n’est pas un salut temporaire ou physique, mais un salut eschatologique et final.

 

2.2. Philippiens 1, 28

 

Il s’agit dans cette mention du terme « salut » de savoir quel est le présage du salut des croyants. Le verset dit : « c’est là un présage certain, pour eux de la ruine et pour vous du salut » (1, 28).

 

Pour pouvoir déceler la signification du salut mentionné là, il nous faut revenir au sens général du texte. Il s’y agit de la lutte pour la foi de l’Evangile (27), lutte qui devrait être effectuée non vis-à-vis de quelque adversaire, car le chrétien ne combat pas contre une personne, mais plutôt pour l’Evangile[5]. C’est dans le combat que mène le chrétien pour la foi de l’Evangile que se clarifie la signification du salut qu’il possède. Ceux qui disent « non » à la foi de l’Evangile (les adversaires) n’ont pas ce salut puisqu’ils sont dans la ruine. Ceux qui adhèrent à cette foi, sont dans le salut ou le possèdent, le salut est déjà accompli pour eux.

 

Le signe du salut est identifié à la faiblesse : « Les adversaires font donc plus de cas de tout ce qui est faiblesse et souffrance (de ce qui, pour Paul, est signe de la Croix), qu’ils considèrent comme signe de perdition, comparés aux signes glorieux du salut qu’ils représentent, eux »[6]. Il se trouve ici un parallélisme entre les signes et une rupture de concepts. En effet, les deux partis ont des signes qui sont pour eux soit de gloire ou de salut, soit de perdition. Cependant, ce qui est gloire pour l’un est perdition pour l’autre et vice versa ; et c’est dans ce renversement même que se situe la rupture des deux compréhensions, rupture qui caractériserait la perdition de ceux qui disent « non » à la foi de l’Evangile, et de ceux qui lui répondent par l’affirmative.

Ce salut réalisé par l’acte du Christ qui le fonde[7], est un processus d’acquisition pour les croyants. Il est présent, mais toujours pas dans sa plénitude qui est eschatologique.

 

2.3. Philippiens 2, 12

 

Dans cette mention du terme « salut », c’est le salut actif qui est en question ou, en d’autres termes, le salut qui est à acquérir par le travail : « travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut » (2, 12). Cette acquisition du salut est suscitée par Dieu : « Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération même en dépit de ses bienveillants desseins » (13).

 

Loin de tout quiétisme spirituel, le salut que prêche Paul est un salut actif. Tout en évitant les pièges des querelles catholiques et protestantes sur la justification par la foi ou par les actions, il est à dire que ce salut là serait l’expression de ce que devrait vivre et de ce que devrait être le chrétien. Celui-ci travaille continuellement pour incarner ce salut qui lui a été donné par Jésus sur la Croix, jusqu’à sa réalisation complète. Les mérites ne sont sûrement pas les siens puisque c’est Dieu qui est là l’acteur principal qui donne la grâce. Mais bien que Dieu donne, le chrétien qui a reçu doit mettre en acte ce don. A ce stade là, on est -loin de la querelle de la justification- devant un salut opératif qui trouve sa maturation dans la vie concrète du chrétien, jusqu’à l’eschatologie.

 

La dimension communautaire de ce salut est à souligner. Dans son adresse, il est clair que Paul ne s’adresse pas à un individu et ne profère pas un credo. Il s’adresse au contraire à une communauté.

 

2.4. Conclusion

 

Ce bref survol permet de comprendre le sens du triple emploi du terme salut dans cette Epître, à savoir l’emploi qui exprime la relation de la foi au salut, l’emploi qui exprime le salut comme signe, et l’emploi qui exprime la mise en acte du salut.

 

Cependant, pour compléter cette recherche sur le salut dans l’Epître aux Philippiens, il reste à examiner l’emploi du terme « sauveur » qui est mentionné pour la première fois dans le corpus paulinien.        

 

3. L’emploi du terme  « Sauveur » dans l’Epître aux Philippiens

 

Saint Paul nomme dans cette Epître Jésus « sauveur » pour la première fois ; « sauf dans ce texte, sôtèr ne se trouve jamais dans les Epîtres dont l’authenticité paulinienne est assurée ».[8]  Il sera fait abstraction des diverses racines qui peuvent être trouvées pour cette appellation, que ce soit dans le judaïsme ou dans l’hellénisme (où sauveur désignait soit les dieux, soit les souverains). La clarification de la signification de l’emploi de Paul sera effectuée à partir de l’exégèse du texte qui contient le terme « sauveur », suivie par une réflexion théologique.

 

3.1. Exégèse de Ph 3, 20

 

Le troisième chapitre de l’Epître avec le premier verset du quatrième composent un seul bloc. La Bible de Jérusalem intitule ce bloc : « La vraie voie du salut du chrétien ». Il est donc indispensable de montrer la structure de ce texte afin de bien situer la mention du terme « sauveur » :

 

Introduction (3, 1)

1.     L’essence des chrétiens (3, 2-3)

1.1.          Exhortation négative (3, 2)

1.2.          Identité chrétienne (3, 3)

2.     Transformation de Paul (3, 4-14)

2.1.          Paul dans le passé (3, 4-6)

2.2.          Paul dans le présent et dans l’avenir (3, 7-14)

3.     Transformation des Philippiens (3, 15-19)

3.1.          Les Philippiens doivent être ce qu’est Paul aujourd’hui (3, 15-17)

3.2.          Les ennemis suivent les voies que suivait Paul au passé (3, 18-19)

4.     L’essence des chrétiens  et aussi identité chrétienne (3, 20-21)

Conclusion et exhortation positive (4, 1)

 

La coloration des diverses parties de la structure facilite la tâche consistant à montrer le parallélisme entre les versets. Il existe un parallélisme entre la première mention de l’essence des chrétiens et la seconde (en vert), parallélisme qui englobe les deux transformations (en rouge), celle de Paul, et celle des Philippiens. Dans les transformations, le parallélisme est clair entre le passé (en bleu), et le présent et l’avenir (en mauve).

 

Quant à la partie qui intéresse cet article, celle de l’essence des chrétiens, la juxtaposition y est claire. Dans les deux fois il est question de l’identité des chrétiens ; dans la première : « car c’est nous sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l’Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair » (3, 3) ; dans la deuxième : « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur le seigneur Jésus Christ » (3, 20). Il est possible de juxtaposer ces deux versets comme suit :

Le premier : ce que sont les chrétiens ; place de Jésus dans leur vie.

Le second : ce qu’espèrent les chrétiens ; Jésus est la réponse de cette espérance.     

A partir de cette exégèse, où situer le terme « sauveur » attribué à Jésus ?

 

3.2. Théologie de Ph 3, 20

 

Comme déjà évoqué supra, il existe un double sens à l’identité du chrétien : le premier concerne son statut existentiel (relevant de la foi), et le second concerne son espérance. Cependant, ce qui comble l’espérance du chrétien est le Jésus « sauveur ». C’est en effet comme  « sauveur » qu’il est attendu.

 

Deux niveaux de signification du terme « sauveur » peuvent être trouvés dans ce texte : 1. « Sauveur » pourrait avoir un sens concret qui touche la vie terrestre du chrétien, voire la dimension du hic et nunc. C’est ce sauveur qui transforme la vie passée (celle de Paul et celle des Philippiens) en une vie nouvelle, celle qui est présente. Comment tirer de telles conclusions ? D’après l’apparition de « sauveur » à la fin du verset (20) qui compose avec un autre (3) les deux pôles du texte. 2. Le sens fort de « sauveur » est eschatologique, il manifeste l’attente et l’aspiration du chrétien qui, une fois jouissant des  instances présentes du salut, attend sa plénitude dans la cité qui se trouve dans les cieux. De plus que le verbe attendre (apekdecomeqa) est paulinien (8 emploie dans le NT, 6 chez Paul), et qu’il « décrit toujours l’attente de la Parousie »[9].

 

Il est aussi à constater qu’avec la mention de « sauveur », le ton de l’exhortation de Paul s’est transformée d’un ton négatif, à un ton positif.       

 

Conclusion

 

Au terme de cette brève étude, l’unité de la pensée paulinienne contenant des évolutions est constatée. La notion du salut a gardé une cohérence : Le salut pour Paul prend sa source en Dieu le Père, et nous est donné par Jésus Christ. C’est un don gratuit de Dieu que l’homme doit recevoir, non par une attitude quiétiste, mais en étant actif. Bien que présent et obtenu, le salut reste à acquérir, et c’est là qu’apparaissent les deux dimensions du salut, présent et eschatologique. En parlant du salut en tant que donné par Jésus Christ, Paul insiste sur l’aspect humain du Christ, sur son incarnation et sur ses souffrances. Et enfin, Paul ne considère pas le salut comme exclusivement touchant l’humain, il lui donne un dimension cosmique.

    

Le salut que Paul prône correspond bien à la question du salut biblique. C’est toujours Dieu ou Yahvé qui sauve, et face à son salut, l’ennemi fuit ou perd. Le salut est une question de délivrance et de libération. Le salut est un passage d’une situation ancienne, à une autre nouvelle. Le salut illustre la situation finale du sauvé. Jésus fut cette plénitude du salut, et, par lui, nous avons la possibilité d’acquérir cette plénitude qui n’est autre que la vie avec et en Dieu.     

 

Antoine Fleyfel

Beyrouth, 01.05.2000


[1] Supplément au dictionnaire de la Bible, Fascicule 62, Salut, Letouzey & Ané, Paris 1988, p. 691. 

[2] Ibid., p. 692.

[3] Ibid., p. 700.

[4] Ibid., p. 703.

[5]BARTH Karl, Commentaire de l’Epître aux Philippiens, Labor et fides, Genève 1927, p. 46-47.

[6]COLLANGE Jean-François, op. cit., p. 70.

[7]Supplément au dictionnaire de la Bible, op. cit., p. 704.

[8]Ibidem.

[9]COLLANGE Jean-François, op. cit., p. 123.

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