Lexique des chrétiens d'Orient
Abbassides · Abrahamisme · Accord de Taëf · Accord du Caire · Accords Sykes-Picot · Acharisme · Amana · Analavos · Archimandrite · Assyrien · Assyro-chaldéen · Ayatollah · Bénédiction apostolique · Bible de Scofield · Bref · Calife · Chaldéen · Cheikh · Chiton · Chlamyde · Chiisme · Chorévèque · Concile · Concile de Chalcédoine (451) · Concile de Constantinople I (381) · Concile d’Éphèse (431) · Concile de Nicée I (325) · Conférence de paix de Paris · Conférence de San Remo · Copte · Croix de Jérusalem · Croix glorieuse · Custodie franciscaine de Terre sainte · Déclaration de Jérusalem · Délégations syriennes et libanaises à la conférence de paix · Dispensationalisme · École jaafarite · Édesse · Église de l’Orient · Épimanikia · Épitrachilion · Exaltation de la Croix (Fête) · Exarchat · Exarque · Fedayin · Frères musulmans · Galiléens · Gnosticisme · Goush Emounim · Grand schème · Grecs pontiques · Guerre des Six Jours · Guerre du Kippour · Hachémites · Halakhique · Hatti-Humayoun · Hawza · Hésychasme · Hezbollah (Liban) · Himation · Imam · Intifada · Jérusalem · Jihadiste · Jizya · Judaïsme rabbinique · Judéens · Kairos Palestine – Un moment de vérité · Kakaïs · Kataeb (Parti) · Kfar Etzion · Khan · Khatchkar · Khédive · Koukoulion · Kurdes · Laure · Likoud · Loros · Mandéens · Maphorion · Maphrien · Mar Behnam · Martyrium · Métropolite · Millet · Missi dominici · Monophysisme · Moujahidin · Mourabitoun · Moutasarrifiya · Mutazilisme · Nakba · Nazôréen · Nestorien · OLP · Omeyyades · Omophorion · Ottomans · Ouléma · Pape · Pasdaran · Patriarcat latin de Jérusalem · Patriarche · Peshitta · Régime confessionnel libanais · Sa Béatitude S.B. · Sa Sainteté S.S. · Samaritains · Sandjak d’Alexandrette · Sayyid · Shabaks · Sionisme · Son Éminence S.E. · Son Excellence S.Ex. · Sticharion · Sultan · Sunnisme · Synode · Syriaque · Talibans · Talmud · Tanzimat · Terre sainte · Torah · Traité de Lausanne · Traité de Sèvres · Tsahal · Vali · Velayat-e faqih · Vilayet · Wahhabisme · William Hechler · Yézidis
140 entrées. Dernière mise à jour : 20.01.2026
- Abbassides
Successeurs des Omeyyades, les Abbassides sont la deuxième dynastie califienne arabe qui gouverna le monde musulman, à partir de Bagdad, de 750 à 1258, date de sa prise par les Mongols. Ils reprochaient surtout à leurs prédécesseurs de discriminer les musulmans non-arabes, et prônaient un État musulman où Arabes et Perses seraient égaux. Après leur débâcle, ils régnèrent au Caire, sans pouvoir réel, jusqu’à l’arrivée des Ottomans en 1517. Leur empire fut fondé par As-safah. Ils doivent leur nom à leur ancêtre, Abbas ibn Abd al-Muttalib, oncle de Mahomet appartenant comme lui au clan Hachem. Il y eut 37 califes à Bagdad et 16 au Caire.
- Abrahamisme
Cette notion doit beaucoup au grand islamologue catholique, Louis Massignon (1883-1962). Mouvement de pensée spirituel, l’abrahamisme a précédé le dialogue interreligieux en considérant la personne d’Abraham, l’ancêtre commun, comme un trait d’union entre juifs, chrétiens et musulmans. Le patriarche occupe effectivement une place très importante dans chacune des trois religions monothéistes, malgré la diversité d’interprétations qui existent autour de sa personne. Ainsi peut-il être considéré comme un point de départ pour un rapprochement que Massignon fait aussi relever de la mystique. Abraham incarne pour lui l’hospitalité sacrée qui consiste à accueillir quiconque, voire à le servir, sans vouloir le changer. Massignon eut deux disciples notoires dans l’Église maronite, lesquels développèrent des islamologies prenant sa pensée comme point de départ. Youakim Moubarac (1924-1995) parla de l’islam comme un abrahamisme authentique, et Michel Hayek (1928-2005) le réintégra dans l’histoire du salut à travers la figure d’Ismaël, qui reste à son sens héritier de la bénédiction du patriarche.
- Accord de Taëf
Connu comme l’Accord de réconciliation nationale, il est signé le 22 octobre 1989 par les députés libanais à Taëf, pour mettre fin à la guerre du Liban. Fruit d’un effort diplomatique impliquant l’Arabie saoudite, le Maroc, l’Algérie et les États-Unis, il est un tournant qui permet le passage à la IIe République, mais qui affaiblit le pouvoir chrétien, en privant le président, maronite, de l’essentiel de ses prérogatives. L’accord, qui aggrave l’état du camp chrétien en 1989-1990 avec l’opposition de Michel Aoun, prévoit l’abrogation du régime confessionnel, le retrait des armées étrangères et la fin des milices.
- Accord du Caire
Signé le 3 novembre 1969 entre les représentants du Liban et l’OLP, au Caire, il tente de surmonter la crise qui oppose les combattants palestiniens à l’armée libanaise. Décrié par le camp chrétien, cet accord légalise la présence armée palestinienne et son droit à attaquer Israël à partir du sol libanais. Il est l’une des cause directes menant à la guerre en 1975. Le président Gemayel l’abroge en 1987.
- Accords Sykes-Picot
Accords secrets signés en 1916 entre la France et le Royaume-Uni, représentés par François Georges-Picot et Sir Mark Sykes, qui prévoyaient le partage du Proche-Orient après la défaite de l’Empire ottoman. Chacune des deux puissances avait droit à une zone d’administration directe et à une autre dite d’influence. Une cinquième zone, dénommée brune, était sous administration internationale avec des droits maritimes pour les britanniques. Ces accords jouèrent un rôle déterminant dans cette région durant le dernier siècle de cette région, puisqu’il est à la source du découpage des États actuels du Proche-Orient. Sykes-Picot fut décrié par beaucoup d’Arabes, car il est considéré comme l’antithèse d’un large royaume arabe qui était souhaité, une fois l’Empire ottoman vaincu. Pour les islamistes, il est considéré comme ayant brisé l’unité religieuse de l’islam. Ces accords furent à double tranchant pour les chrétiens d’Orient. Si ceux du Liban ont obtenu un État, d’autres communautés, comme l’assyrienne, en souffrirent, car il ne tint pas compte de leurs aspirations à l’indépendance et de leur présence d’un côté et de l’autre de ses tracés.
- Acharisme
École théologique islamique fondée par Abu al-Hasan al-Ach’ari, un ancien mutazilite, au Xe siècle. Il se situe entre le rationalisme extrême des mutazilites et la rigidité traditionnaliste des hanbalites. Voie du milieu, l’acharisme admet l’utilisation de la raison dans l’interprétation du texte coranique, mais le soumet à la révélation divine qui a la primauté absolue. Certains aspects de la foi dépassent la raison et il faut les accepter. L’acharisme est largement majoritaire dans le sunnisme, il est adopté par trois des quatre écoles juridiques. Alors que le hanbalisme s’en écarte, le chaféisme, le malikisme et le hanafisme s’y retrouvent.
- Amana
De l’hébreu amana, renvoyant à la fidélité, la confiance et l’engagement durable. Fondée en 1976 dans l’orbite du Goush Emounim et devenant progressivement indépendante, Amana est un mouvement de colonisation issu des milieux du sionisme religieux. Elle joue un rôle central dans la planification, la création et le soutien logistique des implantations juives en Cisjordanie, souvent en lien avec les autorités israéliennes. Présentée comme un acteur civil, elle constitue un outil opérationnel de la colonisation idéologique, traduisant une lecture religieuse de la terre en dispositifs concrets d’implantation.
- Analavos
Du grec analavos, « ce que l’on prend sur soi », en référence à Luc 9,23 : que chacun prenne sa croix. Aujourd’hui, vêtement monastique propre au Grand schème dans la tradition orthodoxe, l’analavos prend la forme d’un voile noir en croix, orné des instruments de la Passion (croix, clous, coq, crâne, etc.), couvrant poitrine et dos. Il symbolise l’union du moine au Crucifié et son renoncement total au monde. Porté lors des offices solennels, il marque l’entrée dans la vie angélique. Bien qu’il n’ait pas d’exact équivalent en Occident, il rappelle formellement le scapulaire monastique, par sa position et sa fonction de revêtement spirituel. Mais l’analavos est plus chargé de symboles et réservé à un degré suprême de consécration.
- Archimandrite
Titre honorifique accordé dans les Églises de rite byzantin (orthodoxes et catholiques) aux supérieurs de monastères (higoumènes) et aux curés des grandes paroisses, à condition qu’ils soient célibataires. Certaines Églises orientales orthodoxes l’utilisent de même. Il peut aussi être conféré à des prêtres latins par les patriarches des Églises orientales catholiques, en signe de reconnaissance de leur proximité avec l’Orient chrétien. Étymologiquement, ce terme est issu du grec « arché » (chef, commandant) et « mandra » (bergerie, cloître). Il apparut en Syrie au IVe siècle, pour désigner un supérieur de monastère, et fut conféré au VIe siècle au chef d’un ensemble de monastères. C’est à partir du Xe siècle qu’il évolua pour devenir une dignité honorifique. Actuellement, lorsqu’il est conféré à un prêtre du clergé séculier, il est généralement considéré comme le degré précédant l’épiscopat.
- Assyrien
Ce terme désigne un membre de la branche non catholique de l’Église de l’Orient. Deux Églises en font partie : L’Église apostolique assyrienne de l’Orient, qu’on peut considérer comme la descendante des communautés qui refusèrent de rentrer en communion en l’Église catholique en 1553 ; l’Ancienne Église de l’Orient, née en 1968 à la suite d’un schisme qui eut lieu dans l’Église apostolique assyrienne à cause de son adoption du calendrier grégorien et en raison d’interventions politiques du parti Baath en Irak qui voulait contrôler les assyriens dont le catholicos vivait aux États-Unis. Traditionnellement dits « nestoriens », ils prirent durant la seconde moitié du XXe siècle toutes les distances avec le « nestorianisme » en tant qu’hétérodoxie.
- Assyro-chaldéen
Expression polysémique utilisée en général pour désigner les communautés assyriennes et chaldéenne. Elle suscite cependant des réserves en raison de ses relents nationalistes.
- Ayatollah
Dérivé de deux mots arabes : ayat et Allah, qui signifient « signe de Dieu ». L’un des titres les plus élevés au sein du clergé chiite, très hiérarchisé. Les ayatollahs, qui passent de longues années à se former, sont chefs, savants et experts dans les domaines principaux qui concernent l’islam, la jurisprudence, les sciences islamiques ou le mysticisme. Leurs enseignements sont principalement effectués dans les écoles islamiques, les hawza. Quant à grand ayatollah, le titre le plus important, il est réservé au marja’ al taklid (de l’arabe source d’imitation), un juriste qui possède la plus haute autorité dans le chiisme duodécimain.
- Bénédiction apostolique
Cette bénédiction spéciale est communément conférée par le pape. Cependant, les évêques sont habilités à l’accorder, trois fois par an lors de grandes solennités, ainsi que tout prêtre pour les personnes mourantes. Les papes peuvent donner cette bénédiction d’une manière orale, ou à l’occasion d’une bénédiction Urbi et Orbi. Néanmoins, ils l’envoient surtout par écrit, à des occasions spéciales. La bénédiction apostolique accorde normalement une indulgence plénière. Les croyants peuvent la demander à des occasions précises (baptême, mariage ou anniversaire), mais aussi les œuvres d’Églises, comme le fit l’Œuvre d’Orient à maintes reprises.
- Bible de Scofield
Publiée en 1909 par le pasteur américain Cyrus I. Scofield, cette édition commentée de la Bible introduit une lecture dispensationaliste de l’histoire du salut. Elle distingue Israël de l’Église et affirme que les promesses faites au peuple juif, notamment territoriales, doivent s’accomplir avant le retour du Christ. Très influente dans le protestantisme évangélique américain, elle a joué un rôle clé dans la diffusion du sionisme chrétien, en interprétant la prophétie biblique comme un programme géopolitique.
- Bref
Bref apostolique, bref pontifical ou tout simplement, bref. Dans l’Église catholique, le bref est apparu sous sa forme actuelle durant le pontificat d’Eugène IV au XVe siècle. Il est principalement une lettre du pape, scellée de « l’anneau du pécheur », mais peut de même émaner de la Pénitencerie apostolique, premier des tribunaux de la Curie. Plus concis et moins solennel qu’une bulle, et n’ayant pas de préambule ou de préface, le bref est un acte administratif ecclésial à autorité pontificale. Il est une réponse du pape à un point précis, légal ou moral.
- Calife
De l’arabe khalifa qui signifie « successeur » (de Mahomet), ce fut un titre porté par les successeurs du prophète de l’islam. Toutes les écoles ne sont pas d’accord sur l’étendue temporel du califat, mais le sunnisme considère que cette fonction fut abrogée en 1924 par Atatürk. Le calife, qui porte aussi le titre de commandeur des croyants, était à la tête d’un califat. Chef suprême des musulmans, il doit diriger la Umma, garder l’unité de l’islam et veiller à l’application de la Charia. Les musulmans lui doivent obéissance. Ce titre a réémergé au grand jour avec son adoption par le chef de Daech.
- Chaldéen
Ce terme désigne un membre de la branche catholique de l’Église de l’Orient dont le nom entier est : Église chaldéenne catholique. Celle-ci naquit en 1553, à la suite des efforts des missionnaires latins. Ayant les mêmes sources liturgiques et spirituelles que l’Église assyrienne, l’Église chaldéenne se distingue par sa communion avec l’évêque de Rome et par son adhésion aux dogmes catholiques. La communion avec Rome n’a pas été continue depuis 1553, en raison de plusieurs facteurs historiques troubles et complexes. Elle ne se stabilisa qu’à partir de 1830.
- Cheikh
Terme arabe polysémique voulant étymologiquement dire « sage », « vieux » ou « maître ». Il est surtout utilisé pour désigner les savants musulmans, qu’on a coutume de désigner en français par « imams ». Il est l’équivalent de « père » pour un prêtre. Cependant, il peut indiquer d’autres réalités, puisqu’il est utilisé comme titre de noblesse (même par certains chrétiens) ou pour désigner les personnes âgées, les chefs des tribus et de haut responsables politiques dans les pays du Golf. Cheikh est aussi un nom de famille. En Arabie Saoudite, il s’agit des descendants de Mouhammad Abdelwahhad, fondateur du wahhabisme.
- Chiton
Du grec khitōn (tunique longue). Vêtement antique grec porté aussi bien par les hommes que par les femmes. Constitué d'une pièce rectangulaire en lin ou en laine, il se portait directement sur le corps. Il tombe en plis amples et fluides et était maintenu aux épaules à l'aide d'épingles ou de fibules. Léger, confortable et élégant, il symbolise l'idéal de simplicité et de raffinement de la culture grecque antique et témoigne du statut social de la personne qui le porte. Dans le christianisme oriental, il a inspiré plusieurs vêtements liturgiques, comme le sticharion byzantin. Dans l’art ancien, le Christ est parfois représenté vêtu d’un chiton, notamment lors de la crucifixion ou de la transfiguration, soulignant ainsi la continuité entre l’héritage grec et la représentation du divin dans le christianisme.
- Chlamyde
Du grec chlamýs qui désigne à l’origine un manteau militaire court porté par les soldats et cavaliers grecs. En laine, léger et pratique, il se fixe sur une seule épaule, laissant l’autre bras libre pour le combat ou la chevauchée. Dans la Grèce antique, la chlamyde devient également un habit civique pour les jeunes hommes libres, symbole d'agilité et de statut. Sous l’Empire byzantin, elle devient un insigne de dignité impériale ou administrative, souvent ornée de broderies. Dans l’iconographie chrétienne, elle est parfois portée par le Christ, tantôt comme manteau royal glorieux, tantôt comme symbole d’humiliation, lors de la Passion où il est moqué en « roi des Juifs » et revêtu d’un manteau pourpre.
- Chiisme
Autre branche principale de l’islam qui réunit 10 % à 15 % des musulmans, le chiisme considère que la succession du prophète revient à Ali, son cousin, et à ses descendants, auxquels il donne le statut d’imam. Infaillible, celui-ci possède tous les pouvoirs, religieux et politiques. Cette question de succession prophétique est le point de discorde premier entre les sunnites et les chiites. Le chiisme comporte plusieurs obédiences, comme les zaydites et les ismaéliens. Quant aux duodécimains, que l’on retrouve en Iran ou au Liban, ils sont les plus nombreux et connus. Ils attendent le retour du XIIe imam, le Mahdi, descendant de Ali et « occulté » depuis l’an 941.
- Chorévèque
Dès le IIe siècle, c’est un vicaire aux pouvoirs limités, remplissant des fonctions épiscopales dans les campagnes. Au Ier millénaire, presque toutes les Églises connurent cette fonction (non sacramentelle dans le sens strict du terme, le chorévèque demeurant prêtre et n’étant pas épiscope), située entre le presbytérat et l’épiscopat. Aujourd’hui, c’est une dignité surtout maintenue dans les Églises syriaques, maronite ou chaldéenne. Selon les traditions, les chorévèques se vêtent des ornements épiscopaux à plusieurs occasions de l’année, sont appelés « Monseigneur », mais ne peuvent ordonner que des sous-diacres. Il est fréquent qu’ils soient curés de grandes paroisses. Le titre équivalent dans la tradition byzantine est celui d’archimandrite.
- Concile
Terme d’origine latine, concilium, voulant dire assemblée, et ayant comme origine le grec sunodos. Il désigne plusieurs réalités. La plus importante est celle du « concile œcuménique », ou se réunissent en principe toutes les Églises, sous l’égide des empereurs (1er millénaire) ou des papes (2e millénaire), pour statuer sur des questions dogmatiques, canoniques ou disciplinaires, les engageant toutes. À distinguer des « conciles généraux » qui ne concernent qu’une seule famille ecclésiale. Les orthodoxes, qui reconnaissent avec les catholiques les 7 premiers conciles œcuméniques, considèrent Vatican II comme un concile général.
- Concile de Chalcédoine (451)
Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique. Il fut réuni par l’empereur Marcien et Pulchérie, son épouse, et se déroula d’octobre à novembre 451 à Chalcédoine (aujourd’hui Kadıköy en Turquie). Dans la continuité d’Éphèse, il traite de la nature du Christ et s’oppose au monophysisme en condamnant en particulier celui professé par Eutychès qui ne reconnaissait en Christ qu’une seule nature, la divine, laquelle absorba l’humaine. Le concile reconnaît deux natures en Jésus Christ, l’une humaine et l’autre divine, sans confusion ni séparation. Les Églises copte, syriaque et arménienne rejetèrent ce concile. Mais depuis quelques décennies, le dialogue œcuménique a permis beaucoup de rapprochements.
- Concile de Constantinople I (381)
Le concile de Constantinople I est le deuxième concile œcuménique. Il fut réuni par l’empereur Théodose Ier et se déroula en juillet 381 à Constantinople (aujourd’hui Istanbul en Turquie). Ce concile, qui établit deuxième le siège de Constantinople, était en continuité avec le concile de Nicée. Ses formulations dogmatiques parachevèrent le symbole de Nicée-Constantinople, ainsi que la doctrine trinitaire. Constantinople I proclame l’Esprit Saint comme égal en divinité avec le Père et le Fils. Il s’opposait en cela aux pneumatomaques qui rejetaient la divinité de l’Esprit Saint.
- Concile d’Éphèse (431)
Le concile d’Éphèse est le troisième concile œcuménique. Il fut réuni par l’empereur Théodose II et se déroula en juin 431 à Éphèse (site archéologique, aujourd’hui en Turquie). À la différence des deux premiers conciles qui sont trinitaires, le concile d’Éphèse est christologique. Il traite de l’unité de la personne du Christ et oppose deux grandes écoles théologiques : celle d’Alexandrie, représentée par Cyril, et celle d’Antioche, représentée par Nestorius. Le concile proclame Marie Theotokos, Mère de Dieu et condamne le « nestorianisme » qui lui refuse ce titre. Si Marie n’était que la mère de l’homme Jésus et pas de Jésus Christ, humain et divin, cela supposerait l’existence de deux personnes en lui, ce que rejette Éphèse. Les récents dialogues œcuméniques entre les Églises concernées ont pu constater le poids des malentendus conceptuels et linguistiques.
- Concile de Nicée I (325)
Le concile de Nicée I est le premier concile œcuménique. Il fut réuni par l’empereur Constantin Ier et se déroula de mai à juillet 325 dans la ville de Nicée (aujourd’hui Iznik en Turquie). Ayant pour objectif de résoudre plusieurs questions litigieuses entre les Églises orientales, dont celle de la date de Pâques, il est surtout connu pour sa condamnation de l’arianisme et pour ses formulations dogmatiques qui se trouvent dans le symbole de Nicée-Constantinople. Nicée I fournit au christianisme un élément clef de la doctrine trinitaire, celui de l’homoousious (consubstantiel, de la même nature), qui enseigne l’égalité du Père et du Fils en divinité, à l’encontre d’Arius qui considérait le Fils comme ontologiquement inférieur au Père.
- Conférence de paix de Paris
Conférence organisée par les Alliés, vainqueurs de la Grande Guerre, entre janvier 1919 et janvier 1920. Elle visait la négociation de traités de paix avec les vaincus, les empires centraux (ottoman, allemand et austro-hongrois), dont elle acta la disparition. Elle occasionna en Europe de nouvelles configurations, dont la création de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. À l’Allemagne, elle imposa des réparations et le partage de ses colonies. Quant au Proche-Orient, il fut dessiné dans le cadre de deux mandats attribués à la France et à la Grande-Bretagne. De la Conférence de paix de Paris découlèrent cinq traités, Versailles, Saint-Germain et Neuilly en 1919, Trianon et Sèvres en 1920. La Conférence acta la création la Société des Nations (SDN).
- Conférence de San Remo
En continuité avec la Conférence de paix de Paris, elle se tint en Italie du 19 au 26 avril 1920. Les grandes puissances présentes y attribuèrent des mandats de la Société des Nations à la France et à la Grande-Bretagne pour administrer les territoires anciennement ottomans et non encore définis, de la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie. La réalisation de la promesse de Balfour de la création d’un Foyer juif en faisait partie. Les mandats avaient comme objectif d’aider ces territoires à accéder à leur indépendance, ce qui actait le début de la naissance du Proche-Orient avec ses États modernes et ses conflits, sur les ruines de l’Empire ottoman. La Conférence régla, par ailleurs, un litige sur le pétrole de Mossoul, attribué à l’origine à la France. Celui-ci sera géré par les Britanniques, et la France aura une part de 25 % de la production.
- Copte
Le terme copte désigne d’une manière stricte un membre de l’une des deux Églises coptes, orthodoxe et catholique. Plus largement, il évoque les chrétiens d’Égypte. Étymologiquement, ce terme remonte à l’ancienne langue égyptienne et veut dire « Temple de l’âme de Ptah », divinité pharaonique. Cela donna « Aigytos » en grec, et « Aegyptus » en latin, c’est-à-dire « Égyptien ». C’est ainsi que les Arabes désignèrent les habitants de ce pays qu’ils conquirent en 641. Par la suite, seuls les chrétiens furent dénommés ainsi. Copte désigne de même la langue que parlaient jadis les coptes. Morte, son usage est actuellement liturgique.
- Croix de Jérusalem
Dite aussi de Terre Sainte, des croisés ou à béquilles. Elle est composée de cinq croix grecques : une grande, centrale, et quatre petites dans chaque quadrant. Les croix sont formées de quatre branches égales qui se terminent, chacune, par une béquille. Rendue célèbre avec les croisades à partir du XIe siècle, et devenue par la suite le symbole de Jérusalem pour les chrétiens, on ne connaît pas ses origines d’une manière précise. Cependant, bien des spécialistes la font remonter aux premiers siècles du christianisme et y voient une évolution de croix grecques ou latines. Il existe nombre d’interprétations à cette croix. Traditionnellement, la couleur rouge symbolise le sang du Christ et les 5 croix, ses 5 plaies, le Pentateuque, la pentarchie ou le Christ et les 4 évangélistes. Elle est aussi la croix de la Custodie franciscaine de Terre sainte et de l’Œuvre d’Orient, entre autres.
- Croix glorieuse
La Croix glorieuse est célébrée dans l’Église universelle, et particulièrement en Orient, à l’occasion de la fête de l’Exaltation de la Croix, le 14 septembre. La tradition raconte que sainte Hélène, mère de Constantin, eût retrouvé la croix de Jésus en 326, sur le Mont du Calvaire. Le Saint-Sépulcre fut construit à cette occasion. On y peut visiter aujourd’hui l’édicule, lieu supposé de l’ensevelissement du Christ. C’est dans cette cathédrale que la croix fut objet de pèlerinage jusqu’en 614, date de la prise de Jérusalem par les Perses. Les chrétiens réussirent à la retrouver en 630 et la déclarèrent « Croix glorieuse », objet d’exaltation et d’honneur, transformée par Christ, d’un objet de torture à un signe de vie et de salut. Pour célébrer la découverte d’Hélène, les chrétiens auraient allumé en Orient de grands bûchers, pratique qui perdure jusqu’à nos jours.
- Custodie franciscaine de Terre sainte
Une custodie est une sous-province de l’ordre des franciscains, qui regroupe les différentes institutions de l’ordre dans un espace géographique précis. Celle de Terre sainte est la plus célèbre car elle est responsable, depuis sa création en 1342, des intérêts de l’Église catholique latine en Terre sainte, et d’une manière plus précise, de la garde des Lieux saints, notamment le Saint-Sépulcre, la Basilique de la Nativité à Bethléem et celle de l’Annonciation à Nazareth. L’activité de la custodie de Terre sainte concerne les pays suivants : Israël/Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Égypte et les îles de Rhodes et de Chypre. Ayant un custode à sa tête, elle peut compter sur ses trois cents religieux ainsi que sur des centaines de religieuses d’autres congrégations qui leur prêtent main forte.
- Déclaration de Jérusalem
Texte signé en 2006 par les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem (catholiques, orthodoxes, protestants), en réaction à la montée du sionisme chrétien. La déclaration dénonce une théologie qui confond le Royaume de Dieu avec des projets politiques, et qui sacralise un État, en l’occurrence Israël, au détriment de la justice. Elle affirme que la promesse biblique ne peut justifier l’oppression d’un peuple, les Palestiniens, et rappelle que la fidélité à l’Évangile suppose la dignité pour tous. Ce texte constitue une prise de position forte des Églises locales face à l’instrumentalisation des Écritures.
- Délégations syriennes et libanaises à la conférence de paix
Ces délégations se rendirent à la Conférence de paix de Paris pour faire entendre leurs revendications. Fayçal, fils du Chérif Hussein, clamait la réalisation de la promesse britannique de la création d’une unité arabe sous l’égide des Hachémites. La France y était hostile. Une autre délégation représentant le Comité national syrien refusait d’intégrer la Syrie dans un royaume hachémite et revendiquait une Syrie historique (Syrie, Liban et Palestine). La Grande-Bretagne la rejeta. Deux délégations libanaises, l’une laïque et multiconfessionnelle, et l’autre religieuse chrétienne, présidée par le patriarche maronite, revendiquaient la création d’un Grand Liban et la protection de la France. Le 1er septembre 1920, le Grand Liban naissait.
- Dispensationalisme
Du latin dispensatio (gestion, économie), via l’anglais dispensation (période). Le dispensationalisme est un système théologique évangélique qui divise l’histoire en sept étapes où Dieu agit selon des règles distinctes. Popularisé au XIXᵉ siècle par John Nelson Darby, il sépare Israël et l’Église. Les promesses faites au premier, y compris territoriales, doivent s’accomplir pour provoquer le retour du Christ. L’Église sera enlevée avant une grande tribulation durant laquelle un reste d’Israël se convertira. Ce système est au cœur du sionisme chrétien, donnant à la géopolitique une portée eschatologique.
- École jaafarite
En arabe, al-mazhab al-jaafari, désigne l’école juridique chiite dite jaafarite, ou tout simplement le chiisme parfois. Il s’agit de la plus ancienne école d’interprétation juridique islamique. Elle précède les quatre grandes écoles sunnites (chaféisme, hanafisme, malékisme et hanbalisme). Jaafar al-Sadiq (702-765), descendant du prophète Mahomet et sixième imam du chiisme duodécimain la fonda. Les principes de cette école sont suivis par les chiites des pays suivants : Iran, Irak, Azerbaïdjan, Liban, Inde, Afghanistan, Pakistan et dans la région de l’Asie du Sud-Est. Cependant, ils ne sont pas appliqués partout de la même manière : si par exemple en Iran, le jaafarisme est à la source de la législation dans l’État, au Liban, il ne concerne que le droit propre des affaires personnelles de la communauté chiite. En 1959, l’université Al-Azhar le reconnut comme 5e école juridique musulmane en plus des quatre autres susmentionnées.
- Édesse
Ancienne ville de la Mésopotamie, elle joua un rôle clef dans le développement du christianisme syriaque. Elle fut du IIe s. avant J.C.au IIIe s. la capitale du royaume d’Osroène dont la langue était le syriaque. L’adoption du christianisme par Édesse au Ier siècle marque son histoire qui joua un rôle clef sur le plan de la langue, de la théologie et de la liturgie syriaques. La légende de la lettre envoyée par le roi Abgar V à Jésus, l’invitant à se rendre dans son royaume, souligne le caractère chrétien archaïque de cette ville.
- Église de l’Orient
Dite aussi Église Perse, elle faisait à l’origine partie du patriarcat d’Antioche, et prit son indépendance en 424. Il s’agit de l’Église mère de trois autres : l’Église apostolique assyrienne de l’Orient, l’Ancienne Église de l’Orient et l’Église chaldéenne catholique. Selon la tradition, l’Église de l’Orient fut fondée par l’Apôtre Thomas. Nombre de communautés dans le Sud de l’Inde se réclament de son héritage. Cette Église a la particularité d’avoir évolué en dehors de la sphère romaine, dans l’Empire perse, ce qui lui confère un caractère unique. Elle adopta en 484 la théologie de Théodore de Mopsueste, ce qui lui valut le qualificatif de nestorienne et qui rassura les autorités perses, cette doctrine étant rejetée par les Byzantins. Missionnaire, elle s’étendit largement en Extrême-Orient pour toucher la Chine, l’Inde ou même l’Indonésie. C’est surtout sous l’Empire mongol, au XIIIe siècle, qu’elle connut un élan considérable. Son héritage théologique, spirituel et liturgique est d’une grande richesse. Les écoles théologiques d’Édesse et de Nisibe, ainsi que nombre de Pères comme Éphrem, Narsaï ou Isaac de Ninive font partie de son héritage.
- Épimanikia
Du grec epimanikia, sur les poignets. Les épimanikia sont des manchettes liturgiques portées dans les Églises de rite byzantin par les diacres, prêtres et évêques. Ils se lacent autour des poignets, par-dessus les manches du sticharion. Symbolisant la force de Dieu agissant à travers les mains du ministre, ils rappellent que toute action liturgique vient de la grâce divine. Souvent richement brodés, ils accompagnent l’épitrachilion et les autres vêtements sacrés.
- Épitrachilion
Du grec epitrachilion, sur le cou. Vêtement liturgique byzantin, équivalent oriental de l’étole occidentale. Il se compose d’une bande d’étoffe tombant verticalement sur la poitrine, cousue autour du cou, souvent décorée de croix brodées. Porté exclusivement par les prêtres et évêques, il symbolise la grâce sacerdotale transmise par l’ordination. Il est nécessaire pour célébrer tout sacrement. L’épitrachilion descend jusqu’aux pieds, et les deux pans sont généralement reliés à leur base. Il exprime la responsabilité pastorale du ministre, portant les âmes comme un berger porte ses brebis. Il est souvent orné de six croix, parfois plus, disposées en rangées verticales.
- Exaltation de la Croix (Fête)
Connue aussi sous le nom de la Fête de la Croix glorieuse, elle est célébrée par de nombreuses Églises en Orient et en Occident, le 14 septembre, pour honorer la Croix, instrument de salut. Elle a comme origine la tradition de la découverte, en 326, de la Vraie Croix, par sainte Hélène, mère de l’Empereur Constantin, lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Il s’ensuivit un ordre impérial pour la construction de l’église du Saint-Sépulcre sur l’endroit de la découverte. Achevée, elle fut consacrée le 14 septembre 335 et accueillait le bois de la Croix. Dérobée par les Perses en 614, cette relique fut reconquise par Héraclius en 628 qui la rapporta à Constantinople avant de la renvoyer à Jérusalem. Dans les rites orientaux, cette solennité célébrée avec faste est majeure. Elle est souvent accompagnée de célébrations populaires.
- Exarchat
Du terme grec arkhein qui signifie commander. À l’origine, le terme désignait une administration territoriale de l’Empire romain d’Orient, avec à sa tête un gouverneur militaire. Il s’introduisit dans l’Église au Ve siècle et prit différentes formes. Actuellement, dans les Églises orientales, catholiques et non-catholiques, il s’agit d’une représentation du patriarche en dehors de son territoire d’origine, en Amérique par exemple pour un patriarche antiochien. Dans nombre d’Églises, notamment orientales catholiques, l’exarchat gère, au nom d’un patriarche, les affaires d’une communauté qui n’a pas la structure d’un diocèse. Il peut toutefois en devenir un, comme ce fut le cas de l’exarchat arménien en France, élevé en 1986 au rang d’éparchie par le Saint-Siège. Les exarchats des Églises orientales catholiques ne dépendent pas juridiquement de leurs patriarches, mais du Saint-Siège et de l’ordinaire du lieu.
- Exarque
Dans l’Empire romain d’Orient, l’exarque était un gouverneur militaire à la tête d’un exarchat. À partir du Ve siècle, il se constitua en dignité dans les Églises orientales, notamment à Constantinople, et se situa entre le patriarche et les évêques (les métropolites). À l’époque moderne, nombre d’Églises fonctionnèrent ou fonctionnent encore ainsi (Moscou, Bulgarie ou Ukraine), c’est à dire qu’elles envoient un exarque patriarcal pour administrer une région et ses évêques, sous l’autorité du patriarche. Cependant, dans d’autres Églises, le rôle de l’exarque est limité, et c’est le cas des catholiques orientaux. Il y est le représentant du patriarche en dehors du territoire patriarcal, mais dépend juridiquement du Saint-Siège et de l’ordinaire du lieu, et non de son patriarcat. L’exarque est normalement évêque.
- Fedayin
De l’arabe « ceux qui sont prêts à se sacrifier ». Formés en 1949, ce sont de combattants palestiniens de divers partis, dont le Fatah. Durant la guerre du Liban, ils jouent un rôle crucial et s’illustrent par leurs combats et leur violence. Idéologiquement socialistes et nationalistes arabes, ils s’opposent au colonialisme et au sionisme, et visent la création d’un État palestinien laïque. Considérés comme terroristes par leurs ennemis, ils déclinent dans les années 1990 et sont remplacés par les moudjahidines islamistes du Hamas et du Jihad islamique palestinien.
- Frères musulmans
Traduction de l’arabe, al-Ikhwan al-Muslimun, est un mouvement religieux et politique sunnite fondé par Hassan al-Banna en 1928, trois ans après l’abrogation du califat par Atatürk et dans le but de restaurer l’État islamique. Très vite populaire, il forme dans les années 1940 des commandos qui commettent des attentats contre de hauts responsables politiques dont des premiers ministres. Al-Banna est abattu par la police en 1949. Quant à Sayyid Qutb, idéologue par excellence de la confrérie et du djihadisme violent, il est fusillé sur son lieu d’incarcération en 1966. Les Frères musulmans conçoivent l’islam comme un tout, gérant tous les aspects de la vie humaine. Ils jouent un rôle central au sein de l’islamisme, et leur idéologie a influencé des figures importantes comme Khomeini ou Ben Laden. Ils sont traversés par plusieurs courants, parfois dissemblants, pouvant aller du piétisme au djihadisme. Le Hamas en est la branche palestinienne.
- Galiléens
Dans le contexte néotestamentaire, habitants de la Galilée, au nord de la Judée et de la Samarie. Jésus y effectua la majeure partie de son ministère, et les évangiles le désignent comme étant originaire de Nazareth, une ville relativement modeste de la Galilée. Les Judéens méprisaient les Galiléens qu’ils considéraient comme impurs, ce qui explique l’expression « Galilée des Nations ». Celle-ci symbolise une perte de pureté en raison du mélange avec les « gentils », un lieu à convertir pour retrouver la fidélité vécue en Judée.
- Gnosticisme
L’étymologie grecque de ce terme signifie connaissance. Le gnosticisme est un mouvement chrétien qui s’est déployé du IIe au Ve siècle et qui fut considéré comme une hérésie par la Grande Église. À l’exception des réfutations des Pères de l’Église et de quelques écrits épars, nous disposions de peu de sources jusqu’en 1945 pour comprendre ce courant qui était loin d’être homogène. Avec la découverte des textes de Nag Hammadi, les chercheurs purent disposer d’une précieuse bibliothèque de 53 textes gnostiques. Si l’idée générale de la gnose propose une libération par la connaissance, le gnosticisme place le Christ en son centre, dans le cadre d’une cosmogonie imbibée de platonisme, de néoplatonisme, de dualisme ou d’ésotérisme.
- Goush Emounim
De l’hébreu Bloc de la foi. Fondé en 1974 après la guerre du Kippour par des disciples du rabbin Zvi Yehuda Kook, le mouvement s’inscrit dans le sionisme religieux. Il promeut l’implantation juive en Cisjordanie comme devoir religieux, interprétant 1967 comme un signe de rédemption. À partir de la fin des années 1970, son action s’articule avec la politique de l’État israélien, notamment sous les gouvernements Begin, avec un rôle opérationnel d’Ariel Sharon. Le mouvement se délite progressivement dans les années 1980 et disparaît comme structure dans les années 1990, tandis que son héritage idéologique perdure.
- Grand schème
Du grec megaloschema, grand habit. Le grand schème est le plus haut degré de la vie monastique dans l’Église orthodoxe. Il est conféré au terme d’un long chemin d’ascèse, lors d’une cérémonie solennelle de profession définitive. Le moine ou la moniale reçoit alors les vêtements du schème angélique : analavos, koukoulion, et autres insignes. Il implique un engagement absolu à la prière, au silence et au renoncement. Il ne modifie pas la règle de vie extérieure, mais consacre l’âme à une imitation plus parfaite du Christ crucifié. Rares sont ceux qui y accèdent.
- Grecs pontiques
Tirant leur nom de la mer Noire (Pont-Euxin en grec), c’étaient les descendants des populations hellénophones qui vécurent de la période byzantine jusqu’au XXe siècle dans les Alpes pontiques ottomanes, y préservant leur religion orthodoxe et leur langue. Comme bien d’autres chrétiens du sultanat, ils subirent un génocide qui coûta la vie à plusieurs centaines de milliers des leurs. Avec le traité de Lausanne (1923), ils firent partie de l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie. La minorité qui resta sur place se convertit à l’islam et se turquifia.
- Guerre des Six Jours
Elle se déroula du 5 au 10 juin 1967 et opposa Israël à trois États arabes, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Elle est la conséquence de tensions régionales, dont la fermeture du détroit de Tiran par Nasser, et d’actions de guérilla palestiniennes sur le territoire israélien. Cette guerre éclair fut déclenchée par Israël qui captura la Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza, le Golan syrien et le Sinaï. En six jours, la superficie du territoire occupé par Israël tripla. La guerre des Six Jours fut un moment clef du conflit israélo-arabe et entraîna des répercussions régionales majeures.
- Guerre du Kippour
Dite aussi guerre d’Octobre ou guerre du Ramadan, elle eut lieu du 6 au 24 octobre 1973, et opposa l’Égypte et la Syrie à Israël qu’ils attaquèrent par surprise le jour férié du Yom Kippour. La principale raison de cette guerre est la récupération des territoires occupés par Israël durant la guerre des Six Jours, dont le Sinaï égyptien et le Golan syrien. Malgré la supériorité numérique écrasante des armées arabes, Israël put rapidement reprendre le dessus et avancer dans les territoires syriens et égyptiens. Le choc pétrolier de 1973 fut une conséquence de cette guerre.
- Hachémites
La dynastie des Hachémites doit son nom à Hachem ibn Abd Manaf, membre de la tribu de Qureish et arrière-grand-père paternel de Mahomet. Les Hachémites eurent deux branches principales : les Abbassides, descendants de Abbas, oncle du prophète, et les Alides, descendant de Ali, son cousin et gendre. Avec l’extinction des Abbassides, les Alides sont les derniers descendants de Hachem. C’est à cette lignée qu’appartinrent les chérifs (titre religieux voulant dire noble) qui gouvernèrent La Mecque de 964 jusqu’en 1925, date de leur défaite face à leurs ennemis, les Saoud. Les monarques de Jordanie et ceux du Maroc se disent de cette descendance.
- Halakhique
Relatif à la halakha, « voie » en hébreu, qui désigne la loi juive. L’adjectif halakhique qualifie ce qui relève de l’interprétation, de l’application ou de l’autorité de cette loi, fondée sur la Torah, la Mishna, le Talmud et la littérature rabbinique. Dans le judaïsme traditionnel, une décision halakhique encadre les pratiques religieuses, sociales et parfois politiques. Dans certains courants du sionisme religieux, le registre halakhique est mobilisé pour légitimer des choix publics, dont la colonisation, au nom d’une normativité religieuse supérieure au cadre étatique.
- Hatti-Humayoun
Expression turque ottomane signifiant « rescrit impérial » et désignant un firman de réformes ottoman datant du 18 février 1856. Considéré comme une conséquence de la Guerre de Crimée, qui vit le sultanat obtenir l’appui de la France et du Royaume-Uni contre la Russie, il visait la modernisation et l’inscription de la Sublime Porte dans le concert des nations. Il revêt une importance particulière pour les chrétiens de l’empire à qui il octroie la citoyenneté, c’est-à-dire l’égalité avec les musulmans. Il abroge de même la jizya, l’impôt de capitation, dont ceux-là devaient s’acquitter.
- Hawza
Terme dérivé de l’arabe et du persan et qui signifie : tenir quelque chose fermement. Hawza, parfois suivi de l’adjectif ‘ilmiyyah, scientifique, désigne les institutions d’enseignement supérieur chiite duodécimains, principalement situées en Irak et en Iran, où sont formés les savants et les religieux. On y étudie le Coran, le Hadith, la jurisprudence (fiqh), la théologie, la philosophie ou la logique. Les villes saintes chiites de Najaf et de Qom contiennent les Hawzas plus prestigieuses. Najaf est célèbre pour le tombeau de l’imam Ali qui s’y trouve. Quom ne prend de l’ampleur qu’avec la révolution islamique en Iran en 1979, dont elle est un centre important. La Hawza joue un rôle socio-politique de taille dans la communauté chiite.
- Hésychasme
L’étymologie grecque de ce terme désigne le silence, la paix, le calme ou le repos. Il s’agit d’une pratique spirituelle et mystique enracinée dans la tradition du christianisme orthodoxe. Ses origines remontent au monachisme sinaïtique, et c’est au Mont-Athos qu’elle se développa. L’hésychaste cherche à prier sans cesse, dans le but d’atteindre l’union avec Dieu, à travers une vie unifiée, apaisée et ponctuée par la prière de Jésus. Celle-ci consiste en l’invocation continuelle de son nom, pouvant être accompagnée d’une attitude corporelle et d’un chapelet spécifique. Les grands principes de l’hésychasme se trouvent dans la Philocalie des Pères neptiques, rédigée entre le IVe et le XVe siècle.
- Hezbollah (Liban)
Parti politique et paramilitaire chiite libanais, d’obédience islamiste khomeyniste, fondé en 1982 avec le soutien des Gardiens de la révolution, dans le contexte de l’invasion israélienne du Liban. Considéré comme terroriste par de nombreux États, il participe légitimement au pouvoir au Liban où il possède un poids très important et des opposants. Faisant alliance avec des partis de toutes les communautés, dont la chrétienne, il est présent dans toutes les strates de l’État. Ennemi juré d’Israël, ses relations avec l’Iran sont étroites. Le déclenchement de la guerre en Syrie (2011) constitue le tournant de son implication dans les conflits régionaux.
- Himation
Du grec himation (manteau, vêtement extérieur). Grand drap de laine ou de lin porté par-dessus le chiton, aussi bien par les hommes que par les femmes, dans la Grèce antique. Jeté sur l’épaule gauche, il enveloppait le corps tout en laissant souvent le bras droit libre. Signe de dignité, il était porté par les philosophes, les citoyens ou les orateurs, et permettait d'afficher son rang social. Dans l’iconographie chrétienne, l’himation devient un vêtement symbolique représenté sur le Christ ou la Vierge, soulignant ainsi la continuité entre la sagesse grecque, la dignité antique et la sainteté. Il inspire plusieurs vêtements liturgiques et iconographiques chrétiens, comme le maphorion marial ou l’omophorion épiscopal.
- Imam
De l’arabe amma qui veut dire guider ou mener, il signifie littéralement guide. En français courant, il désigne un ministre ou un dignitaire musulman, notamment celui qui mène la prière. Mais plus précisément, il s’applique dans le sunnisme à plusieurs personnes : le calife, le ministre de la prière, le chef d’une école juridique (mazhab), les principaux auteurs des hadiths ou la famille du prophète, dont Ali son cousin, imam pour les sunnites et les chiites, mais différemment. Chez ceux-ci, le titre est traditionnellement réservé à une lignée d’imams, douze chez les duodécimains, Ali étant le premier, et le Mahdi, le dernier, l’imam occulté par ordre divin, dont le retour est attendu. L’imamat, infaillible et inspiré, supérieur au califat, est une fonction divinement ordonnée, impliquant direction spirituelle et temporelle. Son attribution à Khomeini et à son successeur est une exception dans le chiisme
- Intifada
De l’arabe « soulèvement », elle désigne le soulèvement des Palestiniens dans les Territoires occupés, de décembre 1987 jusqu’à la signature des accords d’Oslo en 1993. L’intifada se caractérisa par des grèves, des violences contre militaires et civils israéliens, des actes de désobéissance civile, et surtout par les jets de pierre, ce qui lui donna le surnom de « guerre des pierres ». L’essoufflement du processus de paix en 2000 provoqua la seconde Intifada qui dura jusqu’en 2005. Ces deux soulèvements marquèrent significativement le conflit israélo-palestinien et la région.
- Jérusalem
De l’hébreu Yerushalayim (ville de la paix), elle est dénommée Al-Qods (la Sainte) par les Arabes. Ville trois fois sainte, elle occupe un statut central pour les trois monothéismes. Pour les juifs, elle est la capitale du roi David et du Temple, lieu le plus sacré. Pour les chrétiens, c’est la ville sainte par excellence où Christ fut crucifié et ressuscité, et où se trouve le Saint-Sépulcre. Pour les musulmans, c’est le troisième lieu saint après La Mecque et Médine, en raison d’un voyage nocturne miraculeux qu’y aurait effectué le prophète Mohammad. La mosquée al-Aqsa fut érigée en mémoire de cet événement. Jérusalem et ses lieux saints sont au cœur du conflit israélo-palestinien. Israël et certains de ses alliés, dont les États-Unis, la reconnaissent comme capitale d’Israël, alors que les Palestiniens et nombre d’États revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de l’État palestinien.
- Jihadiste
De l’arabe jihad. Il signifie : celui qui fait le jihad. À l’encontre du terme moujahidin,jihadiste, d’une connotation absolument négative, est largement lié au contexte contemporain de terrorisme islamiste perpétré par des organisations comme Al-Qaïda, Daech ou Boko Haram. Alors que le rétablissement de l’État islamique peut être complètement absent chez les moujahidin, ce qui est le cas de l’Algérie, le jihadiste cherche à le réaliser par la force et toute la violence « sacrée » nécessaire.
- Jizya
La jizya, est un impôt annuel de capitation qui fait partie de la loi musulmane classique. Son origine se trouve dans l’unique verset du Coran qui en fait mention : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit, et ceux des gens du Livre qui ne se donnent pas comme religion la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (al-jizya) sur le revenu des mains ; et qu’ils se fassent petit. » (Le désaveu, verset 28). Cet impôt est ainsi imposé aux chrétiens et aux juifs en échange de leur protection. Son montant dépend en général des capacités financières du redevable. Les États-nations du monde musulman ont laissé tomber la jizya. Cependant, nombres d’islamistes ont pu la restaurer sur les territoires sous leur contrôle ; cela est le cas de Daech, d’Al-Qaïda ou des Talibans.
- Judaïsme rabbinique
Courant majeur issu du judaïsme pharisien, il se constitue après la destruction du Second Temple de Jérusalem en l’an 70. Sous l’égide de Yohanan ben Zakkaï, la tradition se réinvente alors à Yavné, pour assurer la survie du culte. Privé de Temple et de sacerdoce, le judaïsme rabbinique substitue au culte sacrificiel un système centré sur l’étude, la prière et la pratique de la loi. Il se fonde sur l’autorité des sages (rabbanim) et sur une double Torah : la Torah écrite et la Torah orale. Cette dernière est mise par écrit principalement entre le IIᵉ et le VIᵉ siècle, dans la Mishna puis le Talmud. Le judaïsme rabbinique devient progressivement le cadre normatif du judaïsme diasporique. De nos jours, il sert de référence tant pour des interprétations juridiques souples que pour des lectures plus rigoristes, notamment lorsque la loi religieuse est mobilisée dans l’espace public ou politique.
- Judéens
Habitants du royaume de Judas ou de la Judée. Selon la Bible, le royaume de Judas (931-586) était avec son rival, le royaume d’Israël (931-722), la conséquence du schisme survenu au sein du royaume de Salomon, fils de David. Judas est aussi dit royaume du sud, et Israël, dont la gentilité est « Israélite », royaume du nord. Quant à la Judée qui tire son nom de Judas, elle était une province romaine créée en l’an 6 de notre ère, et couvrant les régions de Judée, Samarie et Idumée.
- Kairos Palestine - Un moment de vérité
Kairos Palestine - Un moment de vérité, est un manifeste théologique publié en 2009 par des responsables chrétiens palestiniens (catholiques, orthodoxes, protestants). Inspiré de la théologie de la libération, il revendique la dignité du peuple palestinien et dénonce l’occupation israélienne comme une injustice contraire à l’Évangile. Il affirme que la vraie foi se vit dans la solidarité avec les opprimés et que toute théologie qui légitime la violence ou la domination falsifie la parole de Dieu. S’inscrivant dans la lignée de la Déclaration de Jérusalem (2006), Kairos Palestine appelle les Églises du monde à une position claire, fondée sur la justice, la non-violence et la réconciliation. Il ne nie pas la légitimité d’Israël comme État, mais conteste sa sacralisation. Il invite à relire la Bible à la lumière de l’amour et non de la conquête.
- Kakaïs
Communauté d’origine ethnique kurde, qu’on retrouve principalement en Iran et dans le nord de l’Irak. Leur religion dite yarsanisme ou ahl-e hakk (Peuple de laVérité, en arabe) est un syncrétisme monothéiste qui partage des éléments importants avec la religiosité perse, l’islam, le yézidisme et le druzisme. Leur livre saint, Kalam-a Saranjam, contient les enseignements de leur fondateur Sultan Sahak (m. fin XVe s.). Dualistes et croyants en la métempsychose, les Kakaïs considèrent que Dieu se manifeste selon différentes formes, tels Jésus ou Mahomet. Longtemps persécutés par un islam orthodoxe, les Kakaïs durent pratiquer la takia (dissimulation) pour se protéger, raison pour laquelle certains les considèrent comme musulmans. Habitant la plaine de Ninive, ils souffrirent énormément de sa prise par Daesh (2014-2016), et durent fuir vers le Kurdistan. Alors que la Constitution irakienne de 2005 les considère comme musulmans, le Kurdistan reconnaît leur particularité religieuse depuis 2015.
- Kataeb (Parti)
De l’arabe « phalanges ». Fondé en 1936 par Pierre Gemayel et anciennement appelé « Phalanges libanaises », il joue un rôle déterminant dans l’histoire du Liban. Le parti, maronite, professe une idéologie nationaliste libanaise, hostile au communisme et au panarabisme. En 1975, Kataeb s’arme et fait face, auprès d’autres milices chrétiennes, aux fedayin et aux forces de gauche. Israël l’arme et l’entraîne. Il combat les forces syriennes. Le fils de Pierre, Bachir, fonde les Forces libanaises qui visent l’unification des milices chrétiennes. Élu président, il est assassiné trois semaines plus tard en 1982. En déclin dans les années 1990, le parti connaît un renouveau dans les années 2000 et s’oppose à la Syrie d’Assad et au Hezbollah.
- Kfar Etzion
Kfar Etzion est d’abord un kibboutz établi en 1927 par des juifs yéménites au sud de Jérusalem, sous le Mandat britannique sur la Palestine. Il est détruit lors de la guerre de 1948, après la mise à mort de plusieurs de ses habitants. En 1967, à la suite de la guerre des Six Jours, le site est réinstallé et devient une colonie israélienne du bloc du Goush Etzion, en Cisjordanie. Cette continuité est interprétée par le sionisme religieux comme une réparation historique et un signe providentiel. Kfar Etzion inaugure ainsi une colonisation pensée comme devoir religieux lié à la terre biblique.
- Khan
Du mongol qan, qui veut dire seigneur, prince, souverain ou dirigeant. Il revêt le même sens en turc. Ce titre a été porté par les chefs de plusieurs peuples nomades des steppes eurasiennes, dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ. Les Xiongnu, seraient les premiers à l’avoir utilisé. Leur chef suprême, Mete Khan, fut le premier à être à leur tête en 209 avant Jésus-Christ. Historiquement, les groupes ethniques le plus connus à avoir utilisé ce titre sont les Turcs, les Mongols et les Tatars. Genghis Khan, fondateur en 1206 de l’Empire mongol et son chef suprême fut le plus célèbre des khans.
- Khatchkar
« Pierre à croix » en arménien, le khatchkar est un symbole religieux et culturel emblématique de l’Arménie et typique de son art. On le trouve sur des stèles, rectangulaires ou arquées, sur lesquelles sont sculptées une ou plusieurs croix, accompagnées généralement d’un décor. Le khatchkar possède des bras égaux et des extrémités évasées, symbole de la réconciliation entre Dieu et l’homme par le Christ, à travers sa divinité et sa victoire sur la mort. Cette croix arménienne est associée dans la tradition à la conversion du roi Tiridate IV au christianisme au début du IVe s., faisant de l’Arménie un royaume chrétien. Le khatchkar est aussi un symbole national fort qui représente la résilience du peuple arménien à travers les siècles face aux nombreux malheurs qui l’ont frappé. Cet art fait partie du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2010.
- Khédive
Terme d’origine persane signifiant seigneur, utilisé comme titre honorifique dans l’Empire ottoman à partir du XVIe siècle. Méhémet Ali l’utilisa officieusement, mais il ne fut reconnu par la Porte que grâce à un firman datant du 8 juin 1867. Ismaïl Pacha, petit-fils de Méhémet Ali, avait réussi à l’obtenir en amadouant le sultan qui accepta que le titre devînt héréditaire. Il fut porté par 3 gouverneurs – Ismaïl, Tawfiq et Abbas – jusqu’en 1914, date à laquelle la Grande-Bretagne établit un protectorat en Égypte. En étant khédive, le gouverneur de l’Égypte devenait protocolairement le deuxième dans le Sultanat, juste après le sultan lui-même.
- Koukoulion
Du grec koukoulion, diminutif de koukoulos, capuchon. Coiffe monastique portée par les moines de l’Église orthodoxe ayant reçu le Grand schème. De couleur noire, il prend la forme d’un capuchon pointu muni de deux longues bandes retombant sur la poitrine et le dos. Il symbolise l’humilité, la mise à mort de l’homme ancien et la vigilance spirituelle. Parfois orné de croix ou d’inscriptions sacrées, il est surnommé dans les textes « casque du salut » ou « voile de la charité ». Il se porte par-dessus l’analavos lors des offices majeurs. Le koukoulion remplace la klobouk des moines ordinaires. Il n’a pas d’équivalent exact en Occident, bien qu’il partage certains traits symboliques avec la cuculle bénédictine.
- Kurdes
Peuple ethnolinguistique majoritairement sunnite, comptant plus de 30 millions de personnes qui vivent essentiellement en Turquie, Irak, Iran et Syrie. Aspirants à une auto-détermination dans un Kurdistan qui les unirait, seuls ceux de l’Irak réussirent à obtenir une autonomie.
- Laure
Terme d’origine grecque signifiant rue étroite ou ruelle. Dans l’Église orthodoxe et dans certaines Églises orientales catholiques, laure désigne un établissement monastique où les moines mènent une vie érémitique durant la semaine, et une vie communautaire en fin de semaine et durant les grandes solennités. Il s’agit d’une vie religieuse conjuguant cénobitisme et érémitisme. La plus ancienne laure fut fondée à Pharan (nord de Jérusalem) au début du IVe siècle par Chariton le Confesseur. Cependant, laure peut être aussi un statut honorifique attribué à un monastère orthodoxe, pratique courante dans l’Église russe. Citons parmi les plus célèbres la laure des Grottes de Kiev, important monastère ukrainien orthodoxe, la laure Alexandre-Nevski à Saint-Pétersbourg fondée par Pierre le Grand, et la laure de Potchaïv, pour quelques décennies sous juridiction gréco-catholique ukrainienne.
- Likoud
De l’hébreu likoud, « consolidation ». Fondé en 1973, le Likoud est un parti politique israélien de droite, issu de la tradition nationaliste révisionniste. Il accède au pouvoir en 1977 sous la direction de Menahem Begin, rompant avec l’hégémonie travailliste. Attaché à une conception forte de la souveraineté et de la sécurité, il s’oppose durablement à toute remise en cause territoriale. Sous des figures majeures comme Ariel Sharon et Benjamin Netanyahu, le Likoud consolide ses alliances avec les milieux du sionisme religieux, facilitant l’expansion des colonies et leur ancrage politique.
- Loros
Du grec loros (courroie, bandelette). Hérité de la trabea romaine, écharpe consulaire de la Rome antique, le loros est une longue écharpe précieuse portée dans l’Empire byzantin. Enroulé autour du torse et passé sur l’épaule gauche, il est réservé aux plus hauts membres du pouvoir, dont l’Empereur, lors de grandes fêtes liturgiques comme Pâques. Il symbolise la dignité suprême et l’union du pouvoir impérial et divin. Dans l’iconographie, le Christ en majesté est souvent représenté vêtu du loros, affirmant sa royauté céleste.
- Mandéens
Groupe ethnoreligieux, dont le fief est la plaine alluviale du sud de l’Irak. Parlant le mandéen, ils professent le mandéisme, une religion monothéiste et gnostique. D’un dualisme influencé par le zoroastrisme et le manichéisme, ils se considèrent comme les descendants de la communauté de Jean-Baptiste qui ne s’est pas ralliée à Jésus, considéré comme faux prophète, à l’instar de Mahomet et de Moïse. Cela ne les empêche pas de se dire « cousins des chrétiens ». Le baptême, qu’ils pratiquent dans le Tigre, l’Euphrate ou le Jourdain, revêt une importance centrale pour eux. Dotés d’une riche littérature sacrée, le Genza Rabba (Grand trésor, VIIe-VIIIe s.) est leur livre le plus important. Bien avant Daesh, la communauté avait souffert des violences d’Al-Qaïda en Irak. Cela a considérablement diminué leur nombre, les poussant à l’exil, essentiellement dans les pays voisins, l’Iran, la Jordanie et la Syrie. On les désigne en Irak par sabéens, appellation privilégiée par les auteurs musulmans, voire utilisée par le Coran qui les considère comme « Gens du Livre ».
- Maphorion
Du grec maphorion (chose portée). Il s'agit d'un long voile ou manteau porté par les femmes dans l’Antiquité tardive, couvrant la tête, les épaules et parfois tout le corps. Il dérive de l’himation, mais a été adapté aux codes de pudeur féminine. Dans l’iconographie byzantine, le maphorion devient le vêtement distinctif de la Vierge Marie, la Théotokos, symbole de sa dignité, de sa pureté et de sa fonction maternelle. Teint en rouge foncé ou pourpre, orné de trois étoiles symbolisant la virginité avant, pendant et après l’enfantement, il exprime sa sainteté unique.
- Maphrien
Du syriaque mafriono qui revêt le sens de « père ». Ce titre ecclésiastique est propre à l’Église syriaque orthodoxe et date du VIIe siècle. Il s’agit du deuxième rang le plus élevé après celui de patriarche. Le maphrien, consacré par le patriarche, administre une région ou une Église rattachée à l’Église-mère, avec grande autonomie. Il peut par exemple nommer, transférer ou déposer des évêques, et consacrer le saint chrême (fonction normalement réservée au patriarche). L’Église syro-malankare orthodoxe, rattachée canoniquement à l’Église syriaque orthodoxe, possède à sa tête un maphrien, Mar Baselios Thomas Ier. Ce titre est synonyme de catholicos.
- Mar Behnam
Cet ancien monastère syriaque du IVe siècle, restauré en 1164, fut au Moyen Âge un foyer de culture (sculptures du XIIIe siècle) doté d'une bibliothèque renommée. Vers 1300, le couvent est sauvé de l’anéantissement par les Mongols grâce à la confusion faite entre St Behnam et Khodr, personnage coranique assimilé à St Georges, Mar Behnam étant représenté à cheval comme un noble qui tue un démon, arborant des croix aux oreilles et sur la lance. Pillé par des Bédouins en 1819, restauré et habité par des moines en 1901, il fut un grand centre religieux de rayonnement spirituel dans les années 50. En 2014, Daech entre dans le monastère qui devient le siège de la police des mœurs ; les sanctions y sont exécutées sur place ; le tombeau de Saint-Behnam est détruit à coups de pelleteuse, l’église complètement dévastée, les bas-reliefs du Saint qui datent du XIVe siècle martelés et défigurés.
- Martyrium
Édifice religieux construit sur un lieu important de la vie du Christ, notamment de sa passion, ou sur un endroit qui abrite la sépulture d’un martyr de la foi chrétienne. Son architecture a souvent été celle des mausolées païens à plan centré et symétrique, combinée parfois avec un plan basilical. Les martyriums sont des lieux de dévotion et de pèlerinage. Les plus connus sont ceux du Saint-Sépulcre à Jérusalem, de Saint-Pierre et de Saint-Paul hors-les-murs à Rome.
- Métropolite
Évêque de la métropole (du grec meter et polis, mère-ville), ville principale. Dans certaines Églises orientales, le titre de métropolite est porté par des évêques. Chez les orthodoxes : en Grèce ou à Chypre, tous les évêques le portent, alors que Moscou et la Roumanie distinguent
évêques, archevêques et métropolites, sommets de cette distinction honorifique. Dans les Églises orientales catholiques, il existe chez les melkites, qui possèdent six sièges métropolitains, ou chez les gréco-catholiques roumains et ukrainiens, où il est réservé aux primats. Dans l’Église latine, un métropolite est un archevêque désigné par le pape pour diriger une province ecclésiastique, comportant des diocèses voisins. Des Églises orthodoxes orientales et anglicanes l’utilisent de même.
- Millet
Terme turc ottoman d’origine arabe, désignant dans l’Empire ottoman une communauté religieuse protégée et organisée. Dérivé du droit islamique, version moderne et moins discriminatoire du principe de « dhimmis », le régime des millets permit aux communautés religieuses minoritaires de s’organiser et d’être représentées auprès du pouvoir. Ainsi, les patriarches, catholicos ou évêques étaient les interlocuteurs des sultans, et leurs communautés
possédaient des tribunaux propres en matière de statut personnel. Si ce régime profita aux chrétiens, les génocides arménien et assyro-syro-chaldéen en montrèrent les limites. Il perdure actuellement dans plusieurs États post-ottomans sous la forme de privilèges octroyés aux communautés religieuses, principalement sur le plan du statut personnel propre. Au Liban, l’esprit des millets se trouve à l’essence du régime confessionnel.
- Missi dominici
Pluriel latin de missus dominicus, voulant littéralement dire « envoyé du maître » ou « envoyé seigneurial ». À l’origine, l’expression désignait des envoyés spéciaux des rois carolingiens et mérovingiens qui avaient comme charge de contrôler les représentants locaux du pouvoir dans les provinces et leur gestion des affaires royales. L’Œuvre d’Orient utilise cette expression pour désigner les personnes qu’elle envoie dans les pays où elle soutient des projets, afin d’être à l’écoute et au service, sur le terrain aussi.
- Monophysisme
(du grec, signifiant une « seule nature ») désigne les Églises qui ont rejeté le dogme christique formulé lors du concile de Chalcédoine (451). Selon les adeptes de ce courant christologique, le Fils ne posséderait que la seule nature divine, laquelle aurait absorbé la nature humaine. Les Églises monophysites furent déclarées hérétiques par l’Église universelle, aussi sont-elles dorénavant qualifiées de miaphysite dans un esprit œcuménique.
- Moujahidin
Pluriel de moudjahid, terme arabe qui signifie : celui qui fait le jihad. Dans ce contexte, il s’agit de la lutte armée pour la cause de l’islam, mais pas forcément sous l’angle du rétablissement de l’État islamique. À la différence du terme jihadiste, contemporain et liée au terrorisme, le terme historique, moujahidin, peut revêtir une connotation plus noble ou héroïque, dans le contexte des luttes pour l’indépendance. Cela est le cas des moujahidin en Algérie ou en Afghanistan. Polysémique cette notion est utilisée dans moult milieux islamiques, comme le Hezbollah libanais qui désigne ainsi ses combattants.
- Mourabitoun
De l’arabe « ceux qui se tiennent en position ». Branche armée (composée de sunnites), durant la guerre du Liban, du Mouvement des nasséristes indépendants, laïque, fondé par Ibrahim Qoleilat en 1957 et opposé à l’Occident. Ils rejoignent en 1975 le Mouvement national libanais dirigé par Joumblatt et combattent avec la gauche et les Palestiniens, le Front libanais (Gemayel, Chamoun), composé des milices chrétiennes de droite. Il font face à l’invasion israélienne (1982) et déclinent avec la défaite de l’OLP. Des combats les opposent en 1985 à leurs alliés, Amal, le Parti socialiste progressiste et le Parti communiste, mettant fin à leurs activités militaires.
- Moutasarrifiya
Terme arabe qui désignait une province ottomane (sandjak), c’est-à-dire une division administrative de 2e ordre. La moutasarrifiya fit en général partie d’une Vilayet (division de 1er ordre) qui en possédait plusieurs. Cependant, il put exister des moutasarrifiyat jouissant d’une autonomie intérieure spéciale, comme ce fut le cas de la Moutasarrifiya du Mont-Liban ou de la Moutasarrifiya de Jérusalem. La moutasarrifiya était composée de plusieurs cazas ou districts (divisions de 3e ordre), et avait à sa tête un moutasarref (administrateur plénipotentiaire). Haut fonctionnaire ottoman, il était nommé par le sultan.
- Mutazilisme
De l’arabe mu’tazila qui veut dire : retirés, séparés. École théologique islamique rationaliste fondée au VIIIe siècle à Bassorah par Wasil Ibn Ata. Le mutazilisme prône l’usage de la raison et de la logique pour interpréter le Coran et les traditions sacrées de l’islam. À l’encontre de ce que croit la théologie traditionnelle, les mutazilites considèrent le Coran comme créé et non éternel, ce qui est à la source de l’une des plus grandes controverses à leur endroit. Sous pression religieuse et politique, le mutazilisme commence à décliner au IXe siècle, laissant progressivement place à son rival direct, l’acharisme.
- Nakba
De l’arabe « catastrophe », elle désigne l’exode de centaines de milliers de Palestiniens en 1948, durant la première guerre israélo-arabe à la suite de la proclamation de l’indépendance de l’État d’Israël. Constantin Zereik, intellectuel syrien chrétien orthodoxe et grand théoricien du nationalisme arabe, fut le premier à utiliser la notion de Nakba. Elle fait partie de l’identité culturelle et politique profonde du monde arabe.
- Nazôréen
Courant du judéo-christianisme (IVe s.) qui reconnaît Jésus comme le Messie, d’essence divine. Néanmoins, les nazôréens demeurèrent soumis à la Torah (donc attachés au judaïsme) et, pour cette raison, connurent un sort comparable à celui des ébionites.
- Nestorien
Terme utilisé pour désigner l’adhésion à la doctrine du « nestorianisme » qui tire son nom de Nestorius, patriarche de Constantinople condamné en 431 par le concile d’Éphèse. Celui-là qui désignait Marie comme « Mère du Christ », lui refusant le titre de « Mère de Dieu », fut accusé de professer une théologie qui enseigne l’existence de deux personnes en Christ. Les recherches théologiques ont bien nuancé cette question au XXe siècle. L’Église de l’Orient a été historiquement qualifiée de nestorienne. En 1994, le pape et le patriarche de l’Église apostolique assyrienne signèrent une déclaration christologique commune qui a clos la querelle, vieille de plus de quinze siècles.
- OLP
Acronyme de l’Organisation de la libération de la Palestine. Fondée en mai 1964 à Jérusalem, elle fut composée de différentes organisations palestiniennes, dont le Fatah, le Front populaire de la libération de la Palestine, ou le Front démocratique pour la libération de la Palestine. Politique et militaire, ce mouvement nationaliste et multiconfessionnel se comprend comme la résistance armée des Palestiniens. Yasser Arafat le dirigea de 1969 à sa mort.
- Omeyyades
Première dynastie califienne arabe qui gouverna le monde musulman à partir de Damas, de 661 à 750, et Al-Andalus, de 756 à 1031. Leur empire fut fondé par Muawiya 1er qui arracha le pouvoir à Hassan, fils de Ali, et doit son nom à Omayya, grand-oncle de Mahomet. Comme lui, Omayya appartenait à la tribu de Qureish, mais formait un clan opposé à celui du prophète, membre du clan des Hachem. À l’exception de Othman ibn Affan qui devint le troisième calife bien guidé, les Omeyyades s’opposèrent en un premier temps à Mahomet avant d’embrasser l’islam. La rivalité des deux clans perdura longtemps. Le dernier des 14 califes qu’il y eut à Damas fut détrôné par les Abbassides, branche du clan des Hachem.
- Omophorion
Du grec omophorion, ce qui est porté sur l’épaule. Vêtement liturgique réservé aux évêques dans les Églises de rite byzantin. Large bande d’étoffe brodée de croix, il se drape autour du cou et retombe sur la poitrine et le dos. Héritier de l’himation antique, il symbolise la brebis perdue que le Christ porte sur ses épaules, image du soin pastoral. Il marque la plénitude de la grâce épiscopale et l’autorité de l’évêque dans son Église locale. Il existe en deux versions : une grande, solennelle, et une plus courte, pratique. L’omophorion est l’équivalent oriental du pallium occidental, porté par les archevêques latins. Tous deux expriment la mission du pasteur et la communion avec l’Église.
- Ottomans
La dynastie ottomane doit son nom au fondateur de l’empire éponyme, Osman 1er. Né à Chougout en Turquie actuelle vers 1258, et décédé vers 1324, il dirigeait un émirat qui s’attaqua à l’Empire byzantin affaibli et établit les fondements de l’Empire ottoman, notamment son étendue territoriale. Cette dynastie eut raison des Byzantins, occupa Constantinople et atteignit son apogée aux XVe et XVIe siècle, notamment avec Soliman le Magnifique, créant un vaste empire, multiculturel, multireligieux et multinational. Croisement des interactions entre Orient et Occident pendant plusieurs siècles, il fut longtemps perçu comme un empire européen. Avec cette dynastie, la gouvernance du monde musulman n’était plus entre les mains des Arabes, et les sultans ottomans s’emparèrent du titre de « califes » jusqu’à l’abrogation du califat en 1924 par Atatürk. On compte aujourd’hui moins d’une centaine de descendants de cette dynastie qui vivent pour la plupart en dehors de la Turquie.
- Ouléma
Terme d’origine arabe qui apparaît en français au XVIIIe siècle par l’intermédiaire de sa variante turque. Il est en arabe le pluriel de ‘alim, savant. Mais en français il désigne un singulier. La notion est plutôt sunnite, son équivalent chiite est hodjatoleslam. On l’apparente au théologien chrétien. L’ouléma est un savant qui étudie le Coran, la Sunna (tradition prophétique), ainsi que d’autres sciences islamiques et profanes. Il joue le rôle du gardien de la tradition, de son interprétation et de sa transmission, ainsi que celui de l’émission de fatwas (avis juridiques) et de la gestion des affaires religieuses dans la société. L’Université al-Azhar du Caire, fondée au Xe s. est l’institution sunnite la plus prestigieuse qui forme des oulémas.
- Pape
Titre porté aujourd’hui par deux évêques de la religion chrétienne, l’évêque de Rome et le patriarche de l’Église copte orthodoxe, évêque d’Alexandrie. Le terme a comme origine le mot grec papas, variante de pappa, expression familière et affectueuse du langage enfantin. Utilisée dans les écrits grecs préchrétiens, elle fut très tôt d’usage dans l’Orient chrétien comme titre honorifique des évêques, voire des prêtres, surtout dans le contexte alexandrin. Son usage en Occident remonte au début du IIIe siècle, et fut vite réservé aux évêques, tels Cyprien de Cartage ou Augustin d’Hippone. À Rome, la plus ancienne attestation de l’utilisation de ce titre par l’évêque remonte à la fin du IIIe siècle. C’est au XIe siècle que le titre devint, en Occident, exclusif au successeur de Pierre. On peut lire dans le Dictatus papae de Grégoire VII, recueil de 27 propositions pontificales, que « son nom est unique dans le monde » (proposition 11). En Orient, l’Église copte suivit une trajectoire semblable, et réserva progressivement le titre à son patriarche d’une manière exclusive.
- Pasdaran
Terme d’origine persane qui veut dire « gardien », « protecteur ». Il fait référence à l’expression usuelle Sepâh-e Pâsdârân, Gardiens de la Révolution, qui désigne le Corps des gardiens de la révolution islamique, organisation paramilitaire fondée en 1979. Elle dépend directement du Guide la révolution iranienne. Si l’armée régulière tient la sécurité du territoire et la défense de ses frontières, les pasdaran protègent le régime islamique, notamment ses intérêts à l’étranger (Liban, Syrie, Irak, Yémen ou Gaza). Ce corps est considéré comme le véritable détenteur du pouvoir en Iran. Accusé d’attentats et de répression sanglante dans les rangs des opposants, ils compte environ125 000 actifs en 2024, des forces terrestres, marines et aérospatiales.
- Patriarcat latin de Jérusalem
Fondé par les croisés en 1099, sa juridiction s’étendait à tout le territoire du Royaume de Jérusalem. Ses patriarches résidèrent à Jérusalem jusqu’en 1187 et puis à Acre, jusqu’à la prise de la ville par les Mamelouk en 1291. Le dernier patriarche latin prit la fuite et s’établit au Royaume latin de Chypre jusqu’en 1374. À partir de cette date, le titre devint honorifique, et la basilique Saint-Laurent-hors-les-murs fut la maison du patriarche latin de Jérusalem jusqu’en 1847. Dans le cadre général de la question d’Orient, et dans le contexte des missions orthodoxes et protestantes qui s’établissaient en Terre sainte, le pape Pie IX rétablit le patriarcat à Jérusalem, par le bref Nulla celebrior (23 juillet 1847). Les patriarches furent tous des franciscains italiens jusqu’en 1987, date de la nomination du premier patriarche arabe d’origine palestinienne, Michel Sabbah. Son successeur, Fouad Twal fut de même arabe. En 2020, Rome renoua avec la tradition et nomma Pierbattista Pizzaballa, franciscain italien, nouveau patriarche. La juridiction du patriarcat s’étend sur les latins d’Israël, de Palestine, de Jordanie et de Chypre. Ceux du Liban et de la Syrie ont des vicaires apostoliques.
- Patriarche
Titre donné à la plus haute autorité d’une Église autonome, qu’elle soit catholique, orthodoxe ou orthodoxe orientale. Traditionnellement, les évêques des cinq sièges majeurs du christianisme (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem) sont désignés comme tels. Même le pape de Rome possédait le titre de « patriarche d’Occident », auquel Benoît XVI a renoncé en 2006. Certaines Églises orientales utilisent le titre équivalent de « catholicos ».
- Peshitta
Terme voulant dire « simple » ou « commun » en syriaque, utilisé à partir du Xe siècle pour désigner la version syriaque de la Bible, en raison de sa simplicité linguistique. Elle joue un rôle central pour la langue syriaque en l’uniformisant et la diffusant. La traduction des textes bibliques se fit par étapes. D’abord les livres de l’Ancien Testament à partir de l’hébreu et du judéo-araméen, dès le IIe siècle, et puis les livres du Nouveau Testament à partir du grec. L’Apocalypse fit partie des derniers livres à en rejoindre le canon, au VIe ou au VIIe siècle. La Peshitta est le texte biblique de référence de toutes les Églises de tradition syriaque, au Proche-Orient (maronites, syriaques, chaldéens et assyriens) et en Inde (malabares et malankares). Selon la tradition, la traduction de la Peshitta fut commandée par le roi Abgar V, souverain du royaume d’Osroène et contemporain de Jésus de Nazareth.
- Régime confessionnel libanais
Le Liban est doté d’un système politique unique, le régime confessionnel, qui répartit le pouvoir entre ses communautés religieuses. Ses origines remontent à la Mutasarrifiya (1861-1918), le Pacte national (1943) l'établit et l'accord de Taëf (1989) le consolide. Il reconnaît 18 confessions : 12 chrétiennes, 5 musulmanes, une juive, et leur garantit une représentation politique. Les postes clefs respectent un équilibre confessionnel : le président de République est maronite, celui du Parlement chiite et le Premier ministre sunnite. Les membres du gouvernement et les députés sont à parité, chrétiens et musulmans. Conçu pour garantir la convivialité et refléter la diversité des communautés, ce régime possède ses détracteurs qui le considèrent comme la source du problème libanais. « Confessionalisme » désigne la dérive des politiques communautaires qui agissent pour leurs intérêts propres, au détriment des autres.
- Sa Béatitude S.B.
Du superlatif latin beatissimus qui signifie « heureux », « bienheureux ». Ce titre honorifique
fut traditionnellement donné à des évêques, voire à des papes ou à certains laïcs comme il est possible de le constater dans les lettres de Saint Anselme. Actuellement, ce sont les patriarches orientaux qui portent en général le titre « Sa Béatitude », à quelques exceptions près dans des Églises orientales non-catholiques.
- Sa Sainteté S.S.
La sainteté désigne une chose, un lieu ou une personne entièrement consacrée à Dieu. Anciennement, ce titre honorifique était donné à tous les évêques. Dans l’Église catholique, il fut progressivement réservé à l’évêque de Rome, le pape. Cependant, il est utilisé par des patriarches ou des catholicos non-catholiques, comme le patriarche copte orthodoxe qui porte aussi le titre de pape, le patriarche de Moscou ou le patriarche syriaque orthodoxe. Quant au patriarche de Constantinople, dit patriarche œcuménique, il porte le titre de « Sa Toute-Sainteté ». On le trouve aussi en dehors du christianisme, pour désigner le Dalaï Lama par exemple.
- Samaritains
Groupe ethnico-religieux, vivant du temps de Jésus dans la région de Samarie, qui séparait la Judée de la Galilée. Les Samaritains sont les descendants des habitants du royaume d’Israël du Nord, disparu en 722 avant J.C., et des colons assyriens qui y avaient été installés par le roi Sargon II. Judéens et Samaritains se séparèrent après l’exil. Ayant leur propre temple sur le mont Garizim, ils ne possèdent que la Torah comme livre sacré et pratiquent encore les sacrifices d’animaux. Moins d’un millier aujourd’hui, ils vivent en Cisjordanie.
- Sandjak d’Alexandrette
Territoire de 4 700 km2 constitué par les Alliés après la défaite ottomane en 1918. Sandjak (province) autonome en 1920, il comprit les cazas (subdivisions) d’Alexandrette, Antioche, Beylan et Harim. Faisant partie de la Syrie qui le revendique toujours, la Turquie en voulait prendre possession, prétextant que sa population turcophone était majoritaire, fait non précis. Amadouant la Turquie pour diverses raisons, la France sépara le Sandjak de la Syrie (1937) et accepta, avec l’approbation des Anglais, sa transformation en République du Hatay (1938). Celle-ci vota son rattachement à la Turquie, réalisé en 1939 et menant à un exode chrétien.
- Sayyid
Terme arabe qui veut dire seigneur, maître. Les chrétiens l’utilisent pour désigner le Christ. Dans le chiisme, Sayyid est un titre honorifique porté par les descendants directs du prophète Muhammad par l’intermédiaire de sa fille Fatima et de son cousin et gendre, Ali, premier imam pour les chiites. Il désigne l’appartenance à la famille du prophète. Les sayyids ne portent pas forcément un turban, mais lorsqu’ils le font, il est en noir, couleur qui leur est exclusive. Respectés dans la communauté chiites, ils ont une position sociale, religieuse et politique particulière, et jouent souvent des rôles de leadership. Quelques noms célèbres : Rouhollah Komeini, Ali Khamanei, Bakir al-Sadr, Ali al-Sistani, Moussa al-Sadr, Hassan Nasrallah.
- Shabaks
Groupe ethnolinguistique se considérant comme kurde, et composé de plusieurs tribus. Habitant le nord de l’Irak et l’ouest de l’Iran, ils parlent leur propre langue, le shabaki. Jadis, la religion des Shabaks trouvait sa source dans un ordre soufi nommé Safavieh – fondé par Safi al-Din d’Arbadil (1252-1334) – qui évolua progressivement vers un islam chiite. La majorité des Shabaks s’en réclament effectivement de nos jours, même si leur doctrine contient des éléments syncrétiques chrétiens, yézidis et alévis. Cependant, il existe une minorité shabake sunnite. En plus du Coran, les Shabaks possèdent un livre sacré qui s’appelle Buyruk ou Kitab al-Manaqib (Livre des actes exemplaires), rédigé en turkmène. Étant au rendez-vous de la persécution durant leur histoire, les Shabaks souffrirent énormément de la prise de leur fief, la plaine de Ninive, par Daesh (2014-2016).
- Sionisme
De l’hébreu Tsion (Sion), colline de Jérusalem. Le sionisme est un mouvement politique et idéologique né à la fin du XIXᵉ siècle, visant à établir puis consolider un foyer national juif en Palestine. Il émerge dans un contexte de persécutions et d’émancipation inachevée des Juifs en Europe. Théorisé notamment par Theodor Herzl, il prend des formes diverses (laïque, religieuse, socialiste, révisionniste). La création de l’État d’Israël en 1948 marque son aboutissement politique. Depuis, il désigne à la fois une mémoire fondatrice et un cadre d’interprétation de l’histoire nationale israélienne. Il demeure objet de débats selon les lectures qu’on en donne.
- Son Éminence S.E.
Du latin eminentia qui indique la qualité de « ce qui est supérieur », qui « s’élève au-dessus de ». « Son Éminence » est un titre honorifique donné aux cardinaux à partir du XVIIe siècle, grâce à un décret du pape Urbain VIII datant de 1630. Auparavant, ceux-ci possédaient d’autres titres comme « illustrissime » ou « révérendissime ». Depuis le Concile Vatican II, ce titre est en général remplacé par « Monsieur le Cardinal ». Les patriarches ou évêques majeurs des Églises orientales catholiques, qui sont créés cardinaux, portent en général ce titre avec celui qui est propre à leurs Églises particulières, en l’occurrence « béatitude ». Cependant, il existe une tendance consistant à mettre en avant le titre cardinalice, dût-il être ecclésialement et historiquement inférieur à celui de patriarche.
- Son Excellence S.Ex.
Du latin excellentia, il désigne un degré d’honneur élevé d’une personne qui a droit à une considération particulière. Ce prédicat honorifique est porté par les nonces apostoliques et par les évêques, mais aussi par des ambassadeurs, ministres ou membres de la noblesse. Par un décret de la Sacrée Congrégation du cérémonial (supprimée par Paul VI en 1967) datant du 31 décembre 1930, le Saint-Siège octroya aux évêques de l’Église catholique le titre de Excellentia Reverendissima. Il venait confirmer une tradition qui se développa après la Grande Guerre, et qui consista à nommer les évêques « Excellence », titre réservé auparavant aux nonces. La congrégation rajouta Reverendissima pour distinguer la dignité ecclésiale de l’autre civile.
- Sticharion
Du grec stichárion (vêtement à plis). Issue du chiton antique, la tunique liturgique chrétienne qu'est le sticharion conserve la forme fluide et droite du vêtement, mais acquiert un usage sacré dans les Églises byzantines. Porté par les diacres, les prêtres et les évêques au début de la liturgie, il symbolise la pureté baptismale et la lumière divine. Il marque l’entrée dans le service sacré et manifeste l’idée d’un corps revêtu pour le ministère céleste, transformant ainsi l’héritage antique en vêtement du culte chrétien.
- Sultan
De l’arabe sultan qui signifie pouvoir, domination, gouverneur ou autorité, ce fut un titre porté, à partir du deuxième millénaire, par nombre de monarques musulmans. Qualificatif du gouverneur d’un sultanat, il fut utilisé la première fois par le chef turkmène Mahmoud de Ghazni (971-1030), à la tête d’un grand empire. Cela lui permit de contourner la fonction califale, et de se considérer supérieur aux autres pouvoirs. Utilisé par des Seldjoukides ou des Ayyoubides, ce sont surtout les sultans ottomans qui lui donnèrent ses lettres de noblesse, le cumulant en 1517 avec le titre de calife.
- Sunnisme
Branche principale de l’islam qui réunit 85 % à 90 % des musulmans. Elle se caractérise par l’accent qu’elle met sur la Sunna, tradition contenant les dires, faits et gestes du prophète. Consignée dans les recueils du Hadith, elle sert de norme juridique et de modèle, et constitue la deuxième source après le Coran. Le sunnisme possède quatre écoles juridiques : le hanafisme, le malikisme, le chaféisme et le hanbalisme. Elles se reconnaissent mutuellement, partagent l’essentiel, mais diffèrent sur certaines questions. Le sunnisme est historiquement traversé par plusieurs courants, philosophiques (ex. mutazilisme), mystiques (ex. soufisme) ou fondamentalistes (ex. wahhabisme).
- Synode
Terme d’origine grec qui a le sens de rassemblement, réunion. Il revêt des sens différents selon les branches du christianisme. En Orient, en l’occurrence dans l’orthodoxie, le Saint- Synode, assemblée permanente composée des évêques et présidée par le primat (éventuellement un patriarche), gouverne les Églises autocéphales. Historiquement, dans le catholicisme, « synode » et « concile » étaient souvent interchangeables, d’autant que concilium est l’équivalent latin du sunodos grec. Durant la seconde moitié du XXe siècle, « concile » a commencé à être exclusivement utilisé pour désigner les assemblées œcuméniques. Dans le protestantisme, les communautés qui adoptent un système presbytérien synodal sont gouvernées par un synode composé de pasteurs et de laïcs.
- Syriaque
D’une manière large, il existe trois Églises syriaques qui se rattachent au patriarcat d’Antioche : la maronite, la syriaque orthodoxe et la syriaque catholique. Cependant, d’une manière plus précise, syriaque est utilisé pour désigner les membres des Églises syriaques, orthodoxe et catholique. La première, fondée au VIe siècle par Jacques de Baradée, était historiquement dite « jacobite » et « monophysite ». La seconde se constitua à partir du XVIIe siècle et possède depuis 1782 une lignée ininterrompue de patriarches. Une littérature importante utilise le terme « syrien » comme alternative à « syriaque ». Cet usage est moins fréquent aujourd’hui pour éviter la confusion avec la nationalité syrienne.
- Talibans
Du pachto « étudiants », est un mouvement fondamentaliste islamiste, politique et militaire, fondée en 1994 en Afghanistan par le Mollah Muhammad Omar. Ayant comme objectif principal l’établissement de l’État islamique, ils prennent le pouvoir en 1996 et instaurent un régime d’application stricte de la charia, qui inclut des restrictions sévères aux femmes ou des châtiments corporels. Chassés du pouvoir en 2001 par la coalition internationale, en réaction aux attaques du 11 septembre, ils reprennent le pouvoir en Afghanistan en 2021, à la suite du retrait des Américains et de leurs alliés.
- Talmud
De l’hébreu « étude », le Talmud, est l’un des textes religieux majeurs du judaïsme rabbinique. Il s’agit d’un recueil complexe de commentaires et discussions, composé de la Mishna, partie principale du texte fondée sur la Torah et écrite en hébreu, et de la Gemara, rédigée en judéo-araméen, qui en est le commentaire. Le Talmud traite essentiellement de la Halaka, la loi juive. Il en existe deux versions : le Talmud de Jérusalem, compilé entre le IIe et le Ve s., et le Talmud de Babylone, datant du VIe s.
- Tanzimat
Mot d’origine arabe, utilisé par le turc ottoman, voulant dire « réorganisation ». Tanzimat désigne une ère de réformes ottomanes, allant de 1839 à 1876, et culminant par la promulgation d’une constitution et l’élection d’un parlement bicaméral, pour la première fois. Face au déclin de l’Empire, désigné comme « l’homme malade », ce mouvement cherchant surtout à restaurer une splendeur révolue, produisit des fruits et permit une certaine occidentalisation de la société, une centralisation de l’État et la modernisation de son appareil. Dans ce sillage, la sécularisation d’une grande partie du droit et le principe de l’égalité de tous les sujets de l’Empire étaient théoriquement un acquis considérable pour les chrétiens.
- Terre sainte
Expression polysémique. D’une manière globale, la Terre sainte désigne dans le christianisme la région où vécut Jésus-Christ. Jérusalem, lieu de sa mort et de sa résurrection y revêt une importance particulière. Identifiée parfois à la Terre promise de l’Ancien Testament, la Terre Sainte se trouve actuellement en Israël/Palestine, et dans des territoires appartenant au Liban, à la Syrie, à la Jordanie et à l’Égypte. Dans le langage diplomatique du Saint-Siège, l’expression désigne Israël/Palestine, et souvent la Jordanie aussi. Elle est parfois utilisée pour éviter d’évoquer les termes « Israël » ou « Palestine », en raison du caractère polémique qu’ils peuvent avoir. Par conséquent, certains milieux rejettent cette expression car ils y voient une volonté de nier une situation de fait.
- Torah
La Torah, de l’hébreu « instruction, enseignement, loi », Pentateuque en langage académique, désigne les cinq premiers textes de la Bible, fondement principal du judaïsme. Il s’agit des livres suivants : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. La Torah contient le récit de la création du monde, les alliances (noétique, abrahamique ou mosaïque) entre Dieu et les hommes ou les 613 commandements (mitzvot). Attribuée traditionnellement à Moïse, elle est le guide de la vie spirituelle, morale et sociale des juifs.
- Traité de Lausanne
Dernier traité relatif à la Grande Guerre, il fut signé le 24 juillet 1923 entre la Turquie, les Alliés et d’autres États concernés. Remplaçant le traité de Sèvres (1920) rejeté par les Turcs, il définit les frontières de la nouvelle République. Si Lausanne reconnut l’indépendance de territoires ottomans cédés (Chypre, Syrie, Mésopotamie ou Arabie), il écarta les demandes d’indépendance des Kurdes et des Arméniens. Dans le sillage des génocides qui visaient à créer un espace national turc et sunnite homogène, le traité institua des échanges de population sur fond d’appartenance religieuse, notamment entre la Turquie et la Grèce (plus d’un million et demi de Grecs ottomans déplacés pour un demi-million de musulmans de Grèce).
- Traité de Sèvres
Signé le 10 août 1920 entre les Alliés et l’Empire ottoman, il en céda de grandes parties à la France, la Grande-Bretagne, la Grèce et l’Italie. Il confirma l’armistice de Moudros (octobre 1918) qui réduisit l’Empire à l’Anatolie. Le traité stipulait l’abandon de territoires non turcs et suscita l’hostilité des nationalistes. Par conséquent, Atatürk déclencha les guerres d’indépendance qui menèrent à la signature d’un nouveau traité à Lausanne (1923). Ainsi naquit la République de Turquie à laquelle furent restitués de nombreux territoires ottomans perdus. Sèvres prévoyait un territoire autonome kurde, une République indépendante d’Arménie, des États indépendants en Syrie et Mésopotamie ainsi que la réalisation des accords de Sykes-Picot.
- Tsahal
Terme hébreu constitué des initiales des Tsva ha-Haganah le-Israël (Force de défense d’Israël). Il désigne l’armée de l’État d’Israël depuis le 26 mai 1948, 9 jours après l’annonce de l’indépendance. Tsahal comptait, en 2022, 169 500 actifs et 465 000 réservistes pour un budget de plus de 20 milliards d’euros.
- Vali
Dans l’Empire ottoman, vali, terme turc d’origine arabe (voulant dire « gouverneur »), fut un titre administratif utilisé pour désigner les gouverneurs des vilayets. Le vali (équivalent de préfet), nommé par le sultan et le représentant, était souvent un officier militaire, possédant le titre de noblesse de haut rang, pacha. Le terme est encore utilisé en Turquie pour désigner les gouverneurs administratifs des 81 provinces du pays.
- Velayat-e faqih
Se traduit du persan par « gouvernement du juriste théologien ». Velayat-e faqih est une doctrine théologique innovatrice développée par Khomeini et Mohammad Sadeq al-Sadr, et considérée comme un aboutissement d’un long processus historique du chiisme en quête d’un rapport adéquat avec le politique. Le chiisme originel avait des rapports prudents avec le pouvoir, considéré mauvais. En attente du retour du douzième imam (pour les duodécimains), le Mahdi, certains ont gardé leurs distances, et d’autres s’y sont associés, considérant cela comme un mal nécessaire. Mais avec la doctrine de Khomeini, le religieux prime désormais sur le politique et le domine : le faqih détient les pouvoirs temporels et spirituels, normalement réservés à l’imam. Ce principe a trouvé son application dans la Constitution de la République islamique d’Iran en 1979 qui fit du Guide de la Révolution, le Valiy-e faqih (le gouverneur juriste théologien), personnage clef de l’État.
- Vilayet
Terme d’origine arabe désignant une subdivision administrative de premier ordre, introduite dans l’Empire ottoman en 1867, dans le cadre des réformes connues sous le nom de Tanzimat. Le vilayet, dirigé par le vali, représentant du sultan, était doté d’un conseil composé de plusieurs fonctionnaires chargés des affaires de leurs territoires, tels les finances, les travaux publics, les relations internationales, l’agriculture ou le commerce. Les ministères étaient impliqués d’une manière directe dans cette organisation. Quant aux chrétiens, ils pouvaient être représentés dans le conseil provincial, composé de quatre membres, dont deux non-musulmans.
- Wahhabisme
Mouvement de réforme musulman fondé par le prédicateur Mohammad Ben Abdelwahhab (1703-1792), et appartenant à l’islam sunnite selon l’école juridique hanbalite. Le wahhabisme est une forme de salafisme, c’est-à-dire de retour à la pureté originelle de l’islam, celle des trois premières générations. Abdelwahhab et Ibn Saoud, fondateur de la dynastie saoudienne, établirent un pacte politico-religieux qui est cœur du royaume saoudien depuis le XVIIIe siècle. Le wahhabisme, longtemps considéré comme une hérésie par de nombreux musulmans est surtout connu pour son interprétation rigide et exclusive de l’islam. Mondialisé depuis quelques décennies, il fait face actuellement à des réformes en Arabie Saoudite qui semblent affaiblir son influence.
- William Hechler
Pasteur anglican et diplomate britannique (1845-1931), William Hechler est l’une des figures majeures du sionisme chrétien naissant. Convaincu que la restauration d’Israël accomplira les prophéties bibliques, il soutient activement Theodor Herzl dès 1896 et l’introduit dans les cercles diplomatiques européens. Sa foi eschatologique nourrit un engagement politique concret. Il incarne le passage d’une lecture prophétique de l’histoire à une stratégie d’influence en faveur d’un foyer juif en Palestine.
- Yézidis
Groupe ethnoreligieux endogame organisé selon un système de castes, dont la majorité parle un dialecte kurde. Ils habitent principalement dans le nord-ouest de l’Irak, à Sinjar qui est leur foyer historique. Leur religion, le yézidisme, est monothéiste : le Dieu unique qui a créé le monde l’a confié à sept êtres saints, dits aussi anges. Malek Taus ou l’archange paon, siège sur le haut de ce panthéon. Émanation et serviteur de Dieu, il symbolise la beauté, la diversité et le pouvoir. Le yézidisme, qui intègre des éléments perses et d’autres soufis (Cheikh Adi, XIIe s.), possède deux livres sacrés, le Kiteba Cilwe (Livre des Révélations) et le Mishefa Res (le livre noir). Durant la période Daesh, ils furent la minorité la plus persécutée. En août 2014, ils subirent les Massacres de Sinjar, qualifiés par beaucoup de génocide.